CHAPITRE V
cœur. Mais du silence? Je ne puis me taire puisqu’il m’interroge.
— Tu le peux et tu le dois. Je te le répète : que sais-tu de toi-même ? Aujourd’hui ne sera pas semblable à demain; et dans tous les cas, tu continueras à pratiquer la vraie religion de la femme, la bonté, la charité... C’est étrange de voir où te mène ton esprit absolu! Ne sens-tu pas que ménager une âme est aussi important que panser les plaies, à quoi tu passais ta vie ?
— Père, dit-elle avec fermeté, à un homme qui a cette confiance passionnée en ma droiture, je dirai la vérité telle que je la vois, telle qu’elle est en moi. C’est là mon premier devoir, avant toute charité, un devoir d’honnête homme.
— Tu la diras, soit, mais pas à l’heure où il peut mourir, et où, par une folie, tu peux briser son âme. Tu n’as pas le droit d’entraver des énergies qui, après tout, ne t’appartiennent pas. Prends garde. Tu as été jusqu’ici un agent de la victoire. En trou-
blant un être qui a besoin de faire appel à toutes ses ressources morales tu ferais une œuvre mauvaise.
— Mais encore une fois comment mon incroyance le troublerait-elle ?
— Tu ne sais pas ce que c’est qu’aimer! Est-ce qu’un être de cette sorte souffre qu’on touche à son idéal ? C’est la seule chose qu’il ne pardonne pas. Mais Bonnier, surtout un mystique, un saint!
Claude s’arrêta au milieu du sentier. Elle était très pale. Elle se retourna vers son père qui allait derrière elle, et que la discussion ou la marche oppressaient.
Père, dit-elle avec une émotion qu’elle essayait en vain de maîtriser, écoutez-moi bien. Il en arrivera ce qu’il pourra. Quand