‹ Autels mortsChapitre 51 sur 177 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

IOI

— Si tu avais bien connu ta mère, tu n’aurais pas osé prononcer cette parole impie, répondit-il.

— Impie! Pourquoi? Il me semble que je mettrais « cela » si simplement, au bout de telles angoisses.

— Je t’en prie, mon enfant, n’insiste pas. Tu me blesses.

Il parlait avec violence. Claude comprit que, lui aussi, avait dû connaître la tentation diabolique et en triompher. Elle prit le bras de son père en un geste de tendresse, comme lorsqu’elle était toute petite...

Dans la pénombre la lune s’était levée, enveloppait l’Abbaye, la détachait toute blanche, dans les masses confuses des arbres, la noyait dans un demi-jour de rêve. L’eau coulait sous l’allée de vieux tilleuls qu’ils longeaient. On eût dit quelque vision fugitive du royaume des ombres, où les morts et les vivants se mêlaient. Et leurs âmes aussi, allaient, désemparées, dans les chemins que n’éclairait pas la lumière de Dieu.

Abrham lui écrivait :

« Oh! ces lettres, que j’aime, que je vous en remercie. Pourquoi n’ai-je pas toutes vos pages? Gardez-les-moi comme un trésor. Je vous les redemanderai. Par quelle douleur vous avez dû passer, dans ces jours sans foi! Et que j’aime ces beaux vers, purs comme un lécythe grec, ces vers frémissants, où votre âme se plaint! Que ce serait bon d’aller ensemble vers ce Maître que votre cœur appelle si ardemment, sans le savoir, sans le nommer; et que je vous bénis pour cette soif de « Lui », moi qui veux donner ma vie à étancher cette soif éternelle. Mais comment admettre que vous n’ayez pas la charité, vous que j’admi-

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