‹ Autels mortsChapitre 54 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

M. Harteveld avait raison. Claude ne pouvait pas troubler ce soldat, vivant en plein danger, par les perplexités et les doutes qui se succédaient en elle. Pour répondre aux lettres d’Abrham, il était très simple de se réfugier dans leur mutuelle tendresse et dans l’amour passionné de la France, à quoi tout se résumait. La guerre faisait assez de bruit pour remplir tous les silences. Quant à l’état d’esprit du pasteur, M. Harteveld encore voyait juste. Les discussions que Claude avait eues avec Georges en présence de son fiancé, les controverses hardies avec les prêtres, même les mots imprudents qui lui échappaient encore dans ses lettres :

tout cela était le passé. Il n’en augurait rien de net pour le présent. Plus que personne, Bonnier connaissait les diverses phases du scepticisme de Georges qui aboutissaient, après des années d’athéisme, à la conversion la plus inattendue. Il savait la communauté de pensées et d’études qui, jusque-là, unissait le frère et la sœur; lui, le maître, elle le disciple, mais un disciple intelligent et libre, à l’abri des conclusions toutes faites. Il ne s’étonnait donc pas de ce qu’elle lui racontait, mais il attendait, avec un intérêt ardent le résultat de ces expériences douloureuses; et d’avance il croyait le pressentir. Il’ voyait Claude se fixer non dans le calvinisme outré de Mlle de Lourmade, il ne l’eût pas souhaité, mais dans une forme mitigée du libéralisme de M. Harteveld. H hésitait sur la nuance de cette étrange foi sans dogmes, qui au fond était la sienne aussi. Mais il hésitait, sans y ajouter une importance extrême, se souciant, vis-à-vis de Dieu, bien plus du cœur que de l’esprit; c’est sur ce point qu’il

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