CHAPITRE VI
dans la main, les sourcils froncés, elle réfléchissait devant une pile de portefeuilles et de blagues à tabac; puis elle écrivait quelques lignes qu’elle plaçait devant elle ou qu’elle roulait et glissait dans chaque surprise.
— Mais, ma tante, que faites-vous ? interrogea Claude intriguée.
— Vous le voyez. Je prépare un nouvel envoi pour Abrham, et même pour Georges, ce malheureux enfant! Si je pouvais le ramener par la bonté!
— Puis-je vous aider à plier ces objets?
— Il s’agit bien de plier! I! faut d’abord les emplir d’une manne spirituelle, et c’est à quoi je m’emploie.
— Une manne spirituelle? interrogea Claude avec ce mouvement des sourcils relevés qui marquait chez elle un étonnement impertinent.
— Oui, mon enfant, affirma Mlle Coralie avec décision. Je cherche les textes de l’Écriture les mieux appropriés pour faire rentrer
en eux-mêmes ces hommes, pécheurs, pour la plupart...
— C’est une idée ingénieuse : des devises dans des blagues à tabac !
— Mais oui, expliqua Mlle de Lourmade, flairant l’ironie. J’accorde que ce n’est pas commun, mais très pratique. Ils les ouvriront, n’est-ce pas? Et un texte de l’Écriture, placé à propos sous leurs yeux, peut avoir des résultats favorables.
— Évidemment, mais l’à-propos est problématique. Faisons l’épreuve. Puis-je ouvrir?
— Non. Ne touchez pas à ce qui est fait, ce paquet là, à ma droite. J’y ai pris assez de peine. Ceci, à ma gauche, n’est pas encore prêt, ou, devant moi, ces papiers ouverts. Notre connaissance de l’Écriture nous permet le choix des textes. Cependant il en faut beaucoup, et autant que possible tous différents pour que ce soit plus frappant.
— Puis-je lire, ma tante?
— Mais certainement, et même écrire, si le coeur vous en dit.