CHAPITRE VI
ils vont en rire tout leur saoul, et ils en diront des bêtises, et des raides, encore!... Comme je vous le dis.
Elle lut encore quelque temps, et réfléchit, ou, ici et là, laissa échapper quelques rires sonores, marmottant les mots les plus frappants : « une tour », « Gog et Magog », « les treillis »... A la fin elle se rapprocha de sa maîtresse qui affectait de ne plus l’entendre et •se retournait vers Claude, murmurant :
— Pauvre Georges! Voilà son milieu! Il expiera...
— Tenez, mademoiselle, voulez-vous que je vous dise? Ce qui nous manque le plus, àtous, c’estle bon sens. C’est excellentdepenser à Dieu et de le dire, et pour sûr vous serez récompensée de ce que vous faites. Mais nous autres, pauvres diables, nous ne sommes pas des savants comme vous... Ilfautnous parler notre langue.
— Il est vrai, dit Mlle Coralie se parlant à elle-même, je ne réalise jamais combien ils sont peu instruits! Rome les maintient dans une ignorance incroyable !
— Donc, continua Gautrande sans s’émouvoir, si vous voulez les tourner vers Dieu, dites-leur ce qui est simple, ce que chacun comprend : « Que Dieu te garde » , comme vous avez écrit, ou : « Regrette tes péchés », « Fais un acte de contrition », « Que la Sainte Vierge te ramène », et, le mieux de tout : « Confessetoi quand tu trouveras un prêtre ».
— Je ne travaille pas pour les enfoncer dans la superstition, ma fille, observa Mlle Coralie.
— Mais vous travaillez pour leur salut?
Eh! ils le font avec ce qu’on leur a appris... Vous n’avez pas quatre des vôtres, dans le tas; faites des marques si vous voulez, pour que M. Bonnier donne à ceux-là vos renards et la femme de Salomon, et toutes vos balivernes. Les autres aimeront mieux ce que je dis, ou tout simplement les médailles que la sœur de M. le curé m’a portées de Lourdes. Je vais vous les chercher.
— Tu me fais pitié, ma pauvre Gautrande. Garde tes médailles; tu les mettras dans