CHAPITRE VI
quelques-uns de ces objets pour tes fils ou leurs camarades.
— Vous êtes bonne de ne pas vous fâcher, mademoiselle. Toujours vous avez les mains ouvertes; et moi j’ai toujours peur de parler trop cru.
— Qu’importe ? dit Mlle de Lourmade avec sérénité. Que veux-tu que me fassent les paroles que tu dis, ou les jugements de Babylone?
— Qu’est-ce que vous allez chercher Babylone ? Je suis de Saint- Affrique.
— Retourne à ta cuisine...
Gautrande s’éloignait, à regret. Le joli rire qui passait dans les yeux de Claude l’enchantait. Au bout de quelques instants elle remonta l’escalier quatre à quatre, et du seuil elle jeta :
— Savez-vous, mademoiselle, ce que nous devrions mettre pour les ragaillardir? C’est la parole de notre général qui, depuis hier, court tout le pays : « Pour les Allemands, ils sont f...us. »
— Tu sais un mot pareil et tu n’es pas
venue me le dire ? reprocha Claude, qui cherchait un prétexte pour s’esquiver. N’estce pas, ma tante, que, venant du général, cela donne du cœur? Je m’en vais annoncer à Abrham votre bonté pour ses hommes.
— Allez, mon enfant. Je voulais vous le demander... Mais vous voyez à quoi sert d’appeler une sotte!
Claude, revenue chez elle, s’assit pensivement devant l’horizon de neige qui s’étendait sous ses yeux. Sa gaîté d’un instant était tombée; elle garda sa plume entre les doigts, les yeux perdus au loin. Et puis, se forçant à sortir de son rêve, elle relut les dernières cartes, si nombreuses, de son fiancé. Elle écrivit :
« Mon ami, quand je lis vos pages héroïques, elles me remplissent d’une telle