CHAPITRE PREMIER
— Au revoir, mon ami.
Le chemin se faisait étroit et charmant, feutré de mousse et bordé de grands buis. Des bois profonds s’étendaient, d’un seul côté, toujours, dans l’admirable parure des essences diverses. Ils opposaient à l’aridité des coteaux la beauté mourante de l’automne. Les tilleuls d’un or clair, les aulnes, verts encore, au bord de l’eau, les frenes aux légères feuilles blondes, les chenes robustes, les ormeaux aux teintes de rouille, et les hêtres somptueux, les hetres au tronc d argent, au feuillage de pourpre, se succédaient, s’amoncelaient. On eût dit quelque évocation magique, quelque admirable tapis oriental jeté sur ces croupes si rapprochées qu’à peine le chemin adossé contre une des pentes, un champ et l’étroite rivière les séparaient. En avant, les deux murailles, le mur aux reflets splendides et la colline aux buis clairsemés, allaient se resserrant encore, donnant l’impression d’une route sans issue, d’un de ces chemins de rêve qu’on suit dans le som-
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meii, et qui se heurtent à des parois infranchissables...
Claude s’arrêta sous un hêtre, au bout du sentier de buis. L’énorme tronc offrait un siège commode entre ses racines. Tous les tons de vert, d or et de roux se mêlaient sur la tete chenue. Claude écouta le bruit clair de 1 eau, sous les grands tilleuls j elle écouta la plainte du vent passant en souffles larges; elle respira le parfum de terre humide, de feuilles sèches et de mousse mêlé à l’odeur amère des buis. Et faisant encore quelques pas, elle regarda son Abbaye, « l’Abbaye de pourpre », comme l’appelait son père, dans son revêtement de vigne vierge. Elle embrassa d’un coup d’œil le lourd bâtiment carré, aux quatre-vingts mètres de côté, les tours, le