CHAPITRE VI
fierté que je suis tentée de ne plus maudire la guerre. Sans elle, vous aurais- je connu ainsi, dans vos nobles enthousiasmes, votre abnégation, votre souci des humbles et cette belle passion de servir? Cette vie si pleine d’horreurs, de sang, de morts, de souffrances de toutes sortes, vous en faites un hymne : ma pauvre vie, à moi, n’a pas de signification par elle-même. Elle vous écoute et elle vous répond. Au dedans et au dehors, tout me ramène à vous. Tout à l’heure, chaussée de gros sabots, je suis allée faire une course dans la neige — quelle folie pour un être qu’on soigne! — mais c’est toujours pour aboutir au bureau de poste, et pour jeter mes lettres et recevoir les vôtres un jour plus tôt! Il faisait un beau et rare soleil, éblouissant sur les champs que personne n’avait foulés ; les sources gelées renvoyaient des rayons blancs au pied des hêtres. C’était un enchantement. J’avais la sensation de marcher dans des sentiers de paradis, toute enveloppée d’une beauté immatérielle faite de neige et de
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rayons. Et je songeais, en souriant, combien vous aimeriez me voir dans cette blancheur. Je ne sais plus quels vers je vous ai faits. Je les ai oubliés au retour. Je tenais la carte où vous me parliez de vos morts. Hélas! Hélas! ceux qui les aiment!... Le soleil disparaît tout de suite, ici, derrière les collines. Cette blancheur devenait funèbre. Les branches des arbres chargées lourdement et penchées vers la terre me faisaient songer à ces foras de vos blessés, retombant après un appel -désespéré. Je tremble, et cependant que je vous remercie d’aller vers eux!... Vous recevrez, pour les hommes qui vous sont chers, des tas de petits objets que ma tante a confectionnés très adroitement; mais, mon ami, visitez-les à fond. Elle les a ornés de devises plus ou moins mystiques; et il y a eu, à ce sujet, une scene de haut comique entre ma tente et Gautrande; ce bon sens paysan a une saveur particulière. Je suis sûre que vous «aimerez ma Gautrande.
« Vraiment ne pouvez-vous m’indiquer