‹ Autels mortsChapitre 66 sur 177 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les jours se pressaient sans autre événement que les lettres, les dépêches, les communiqués de la guerre. On vivait suspendu à la bataille de Verdun : les noms des généraux invincibles, Castelnau, Foch, Pétain; le mot bref de celui-ci volant de bouche en bouche : « Ça va. Ça ira » ; les récits des soldats revenant du front absorbaient toutes les pensées. A l’Abbaye, on continuait à mener la vie d’une famille française pendant la guerre : les cœurs aux armées, les mains occupées à ce qui pouvait servir aux soldats... Et peu à peu la routine habituelle reprenait : on vivait; on se serait cru à mille lieues d’événements aussi tragiques.

Le printemps s’annoncait dans la tiédeur de l’air, les violettes et les pensées minuscules, les chants d’oiseaux. La joie de ce coin du Rouergue n’avait rien de l’exubérance folle des pays du soleil; plutôt la joie modeste d’un parent pauvre qui s’assied, au festin, à un bout de table...

En avril, Abrham Bonnier écrivait :

« ... Nous allons, nous allons. On a la sensation que sur le point où nous sommes ils se lassent et ne peuvent plus rien. Les hommes ont cette allégresse que donne la perspective de la victoire. On obtient d’eux des choses étonnantes. Hier, à la nuit, arrive un ordre de départ : marche accidentée, entre les hauteurs à gravir et les entonnoirs creusés par les obus. La terre est tellement labourée par les derniers bombardements qu’elle donne une impression de chaos.

Presque sans halte nous partageons du pain et quelques boîtes de conserves. L’on se croyait au terme; nouvel ordre : encore

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