CHAPITRE VII
quinze kilomètres!... Je n’étais pas sans inquiétude par le froid et la petite pluie glacée qui commençait à nous transpercer. Je parlais avec eux en marchant; l’entrain ne se démentait pas; et je vous assure que je recueillais les rires et les plaisanteries souvent absurdes, à chaque incident de la route, comme on recueille les plus belles paroles. Car voilà, mon amie, ce qui est admirable : la simplicité, la bonhomie, la crânerie de ces soldats. Ils ne parlent pas volontiers d’eux. Les actes de patience, d’endurance se succèdent comme une chose naturelle. Ils grognent quelquefois; ils se moquent d’eux-mêmes et ils vont. Ils n’aiment pas qu’on les admire, et encore moins qu’on les plaigne. Ce ne sont point ces héros que servent les journaux, encore moins des victimes. Mais des hommes, une belle race d’hommes, qu’on est très fier de commander. N’est-ce pas, Claude, que vous les aimez ?
« A l’arrivée, lorsque tous furent chaudement installés dans la paille, je tombai auprès
d'eux d’un sommeil de plomb, et j’avoue que ce matin j’ai prolongé pas mal, jusqu’à leur déjeuner. C’est parfait, ici, avec des cuisines roulantes; vous ririez de l’entrain avec lequel ils préparent des « extra ».
« J’ai maintenant de grandes heures devant moi. Quel mérite aurai-je jamais ? Voici ma récompense après le maximum d’effort. Ils n’ont pas comme moi la détente, l’apaisement délicieux que met au bout de tout cette pensée : « Je lui écrirai. » Ils ignorent aussi
le bien-être de l’action forcée quand le Cer-
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veau est trop tendu. Il est de fait que les spéculations intellectuelles les troublent peu. Cependant ils écrivent beaucoup, sur leurs genoux, sur des coins de table ou sur des arbres coupés, avec des mines soucieuses d’écoliers qui font des pages d’écriture. Les cartes postales sont les très bien venues... Si Mlle de Lourmade en trouvait à Milhau ?
« Pardon... Enfin!... Me voici libéré de mes devoirs et de mes sollicitudes. Je n’ai plus qu’à venir vers vous que, pourtant, je