‹ Autels mortsChapitre 69 sur 177 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

souscrire à la divinité du Christ. Et depuis!... Au point de vue catholique, et même seulement raisonnable, ils ne sont plus chrétiens.

« Vous me parliez de vos troubles. Que vous dire des miens? Souvent je me compare à un enfant heureux dans sa famille, à qui l’on apprend que celui qu’il appelle « père » n’est pas son père, qu’on l’a trompé jusque-là, qu’il n’est qu’un enfant trouvé... Que faire, hélas?

« Je manquais de force pour relever ce que le grand démolisseur jetait à bas, peut-être aussi je manquais d’instruction spéciale et de base. Je n’avais comme refuge que des pasteurs auxquels, par le fait même de nos doctrines, je ne reconnaissais pas d’autorité, et mon propre esprit, toujours hésitant et flottant : le trouble s’adressant au trouble! Je quittai Berlin la mort dans l’âme... Remarquez-vous où naissent les sources de nos angoisses spirituelles? Mais il est trop tard pour maudire la main qui vous tend le poison,

lorsqu’on l’a bu jusqu’à la lie. J’avais le poison dans le sang, avec une fièvre d’autant plus cruelle que mes premiers attraits subsis* taient... Claude, je vous supplie, essayez de me comprendre. Le Christ était voilé, obscur, désespérément mystérieux, mais II demeurait là... Après qu’une pleurésie m’eut arrêté sur le seuil de Saint-Cyr, et même pendant que je le préparais, il me semblait qu’il m’appelait toujours. Je voulais dire : « non et je répondais : « oui ». « Jamais homme n’a « parlé comme cet homme », avec cet accent qui va si loin en nous...

« Et je comprenais que, malgré mes doutes, je l’écouterais, que je donnerais ma vie à la diffusion de son Évangile. Sans foi, ainsi, tel que j’étais, je serais pasteur.

« Claude, est-ce que vous me suivez ? Je ne voulais pas, je devais... »

Page 1