‹ Autels mortsChapitre 70 sur 177 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« Ce jeudi :

« Quatre jours depuis ces mots...

« Un éclat d’obus nous a couverts de terre. Mes yeux et mes oreilles sont pleins d’horreur, Ces feux incessants, ce bruit, ces éclatements horribles, ces trous creusés dans la terre, ces arbres arrachés, ou coupés d’un seul coup... et ces cadavres, tous ces cadavres!..,

« Nous sommes au repos depuis hier. Un de mes hommes, près de moi, a été déshabillé, ses souliers arrachés par la violence du choc. La mort est partout, et quelle mort! Avec ces gaz asphyxiants, ces liquides enflammés, ces rafales de fer et de feu!... Tous les moyens leur sont bons... C’est un enfer...

« Claude, ce carnage me rejette encore dans les pensées que je commençais à vous expli-

quer. Aux jours de repos, nous avons eu làdessus, avec Georges, des conversations sérieuses. Ce que vous aviez pressenti en Grèce comme l’essence même du paganisme : le mépris du faible, le dédain de la pitié, le culte de la force, c’est l’instinct allemand et à quoi aboutit leur culture. Georges assure, avec son zèle de néophyte, que de degré en degré ils descendent. Après avoir rejeté l’Église — acceptée d’abord à quel prix! — ils rejettent la divinité du Christ. Ils retournent aux vieux dieux sanglants qui ont présidé à leurs guerres et à leurs représailles anciennes. Il y a des pages d’Henri Heine qui nous revenaient comme une obsession, celles où il parle du Christianisme germain comme d’un talisman qui se brisera. Il termine par ceci — Georges l’a copié et emporté aux premiers bruits de la guerre :

« Alors, les vieilles divinités guerrières se « lèveront de leurs tombeaux fabuleux, essuie- « ront de leurs yeux la poussière séculaire. « Thor se dressera avec son marteau gi-

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