‹ Autels mortsChapitre 72 sur 177 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

prise est telle que je ne me lasse pas. Tous les sentiers heureux de la terre ne me feraient pas oublier cette route où je l’entrevois. Et peutêtre, dans la mort ou dans la vie, je rencontrerai un des regards qu’il fixait sur l’homme.

« Et maintenant, chère, uniquement chère, pardonnez-moi cette lettre sans fin. Je viens de recevoir la vôtre qui m’émeut au delà des paroles. N’est-ce qu’un phare allumé sur l’abîme? Oh! non. Il y a des mots de vous qui éclairent toutes les profondeurs, « Celui à « qui l’on porterait son âme fatiguée, sans une « parole, parce qu’il va plus loin en nous que « les paroles... » Je vous comprends. Etàmon tour je viens à vous, à ma façon maladroite et lourde, mais comme je me vois, comme je me sais. Je vous pose la question que je n’ai jamais osé vous faire entendre jusqu’ici. Après toutes ces expériences et ces douleurs, écoutez, chère, dans cette solitude propice aux paroles intérieures; et regardez bien, non pas à travers les mirages d’un esprit que tout déçoit, mais dans votre cœur, parce que c’est

JO

le cœur qui voit. Que dites-vous du Christ? Si vous le voulez, si vous m’en jugez digne, répondez-moi ! Ah! que je compte sur cette pureté qui est votre essence même, pour que vous voyiez mieux que moi, pour que vous me délivriez de mon tourment. Un tel tourment!... Hélas! je me crois apaisé, et je vais errant d’incertitude en incertitude, sans trouver le repos. Qu’est-ce qu’il est, pour qu’à travers toutes les ombres amassées, son attrait demeure puissant, impérieux, au point de dominer tout... tout! Avec quelle émotion j’attends votre réponse! Seule, je vous ai mêlée à ce s choses sacrées. Et vous, sentez-vous bien qu’à vous ouvrir ainsi les dernières retraites de mon âme, jamais je ne vous ai autant aimée ?

« Abrham Bonnier. »

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