CHAPITRE VIII
« Que dites-vous de Lui ? »
Le soleil d’avril emplit jusqu’au bord la gorge sauvage. Il fait brusquement très chaud, après des jours froids. Claude est assise sur une pierre au pied d’un hêtre, avec, devant elle, la masse de l’Abbaye dans de grandes vagues de lumière. Les troncs sont encore dénudés, ainsi qu’en hiver; à peine au bout des branches, quelques bourgeons timides paraissent. Seules les feuilles naissantes des ormes au vert doré semblent aspirer et retenir tous les rayons épars, comme un enfant joyeux se montre et rit : « Voyez! Nous sommes le printemps!... »
Claude demeure insensible à cette fête.
Elle est pâle, la lettre d’Abrham dans les doigts, les yeux à demi fermés, oppressée par le renouveau, importun'a celui qui souffre.
Et Claude souffre du premier désaccord sérieux entre elle et lui, et aussi, comme chaque fois qu’elle est ramenée au centre de sa vie intérieure, elle s’attriste du vide de cette vie.
« Que dites-vous de Lui ? »j
Pourquoi Abrham lui demandent il cela?
Mais ce n’est pas Abrham, c’est le Christ, d’abord, qui a posé la question éternelle, et, depuis, chaque créature, à une heure de sa vie, l’entend- Les disciples répondirent par les diverses réponses de la terre ; « Les uns disent « Les autres »... « Et d autres s-, •
Et elle? Et Abrham, après tout? Il ne sait si le Christ est un homme, ou un Pieu, ou quelque être à part.,, Et il le prie!..- L’étrange religion!,,. Qu’est-ce que cette dévotion sans foi? Ce que Newman appelle | un amour filial sans père, Et elle analyse le côté faible de cette nature toute sentimen-