Chapitre vin
taie et imaginative n’ayant pas la force d’aboutir aux conclusions nécessaires. « Il est trop faible pour être logique », songet-elle. « Si le Christ n’est pas Dieu, il ne peut pas dominer nos vies. » Comment ne sent-il pas cela? Elle se trouve supérieure à lui, dans un déchaînement d’instincts de bravade. Que veut-il dire, qu’il le préférerait, « Lui », à tout? Sa bouche frémit. Elle a un sourire superbe. A tout? Mais seulement si elle le voulait, et quand elle le voudrait!... Elle ignore la puissance des forces spirituelles qui placent pour certains la raison d’être de la vie au-dessus de la vie, et elle connaît son empire. Dans ce défi d’orgueil, plus encore que d’amour, l’exaltation du danger met à son visage pâle une flamme de triomphe.
Mais ce sourire à son tour s’efface devant quelque chose de plus grand que la joie dominatrice, de plus grand même que l’amour. L’esprit net de Claude écarte les mirages, les à-dôté, laisse à la question toute sa gravité. Elle ne songe pas â nier dette gravité. Malgré
ISO
son orgueil, elle se sent petite devant Celui que les incroyants eux-mêmes appellent « l’unique » et « le seul ». Elle n’ose sonder jusqu’à quel point II lui est étranger. Comme un aveugle, dans sa marche incertaine, se heurte à un mur et sent toute l’humiliation de son infirmité, elle va, se heurtant à ses négations ainsi qu’aux murs d’une prison étroite. Et elle ne sait pourquoi, puisqu’elle est plus logique et plus forte qu’Abrham, le pasteur semble prendre à ses yeux une valeur nouvelle, seulement par son effort désespéré vers l’Être mystérieux, mais elle est humiliée, devant lui, comme les frères de Joseph devant le songeur de songes. ..
Le soleil, chaud d’une chaleur d’orage, éclabousse les toits bleus.
Que c’est étrange ! Cette Abbaye, là, devant elle, n’est qu’une réponse à la question éternelle. On ne l’a élevée que pour s’y réfugier près de Lui, le servir seul, se vouer à son culte. « Ces pierres crient », comme disait le Christ. S’il est Dieu, c’est grand, et c’est