CHAPITRE VIII
vous me faites plus de pitié que les pauvres de la grand’route... »
L’honnête créature s’en va, triste, et referme la porte bruyamment. Claude aime cette rude paysanne qui mêle toujours le nom de sa mère 4 ses propos. Et elle pense avec attendrissement à cette mère suave qui l’attirait si tendrement sur ses genoux, là, sur cette chaise basse où elle se tient maintenant, et qui appelait cette pauvre fille de ferme pour prier avec elle. Claude ne prie jamais. Elle se rappelle cependant quelques élans de ferveur, vite dissipés., quelques lectures de l’Évangile, des instants auprès de sœur Claire... Mais trop d’orgueil, de doutes, de négations se sont accumulés en elle; trop de souffles froids ont passé. La lampe mystique est éteinte. Elle s’approche du Christ de Burnand, au-dessus du prie-Dieu : Jésus chez Marthe et Marie. Les deux sœurs, attentives, n’osent troubler le recueillement de l’Hôte divin. De la lumière passe, à travers les yeu£ fermés, à travers Je front; et II sem-
ble tenir des âmes dans ses mains jointes...
Claude le regarde longuement, et un soupir s’échappe de ses lèvres, si léger qu’ellemême, peut-être, ne l’entend pas... Mais ce soupir est recueilli déjà dans le monde invisible, et il pèsera sur sa destinée. Claude ne le sait pas. Personne ne sait jamais. A chaque instant, un soupir, une larme, une parole, pénètrent dans le silence infini, et l’Ouvrier Divin en fait des choses éternelles... Cependant tout semble pareil au dedans et au dehors. Chacun poursuit son chemin sans entendre. Et Claude continue à regarder le Christ du regard respectueux et triste dont on salue ce qui a été, une fois, et n’est plus.
Pour couper court à tout malentendu, Claude se proposait d’écrire à Abrham les