CHAPITRE VIII
pensées que nous venons d’analyser, souffrant d’avance de la peine qu’elle causerait à ce grand sensitif. Mais il n’y avait pas à hésiter devant une question aussi catégorique. Elle n’accepterait pas d’édifier son bonheur sur un mensonge. Le difficile était de reprendre la parole donnée à son père. Évidemment, il comprendrait ses raisons; mais elle le savait souffrant, et cherchait à écarter de lui les moindres contrariétés. Plusieurs jours se passèrent à chercher une occasion propice; ellerenonçaitàlatrouverquand, un de ces matins, M. Harteveld vint, souriant, à sa rencontre, une dépêche ouverte et une lettre à la main :
— Eh bien! Nous les aurons samedi !
Claude eut un sursaut :
— Samedi ?... Mais c’est après-demain!
L’irritation, la rancune, les craintes, les
angoisses, tout sombrait dans des flots de joie, une joie d’enfant.
— Lis ta lettre. Je ne pense pas qu’il y ait d’erreur possible. Il souriait, de ce sourire
charmant qui ajoutait toujours une grâce au bonheur des autres. Elle lisait déjà, la tête penchée, les lèvres entr’ouvertes, une flamme légère aux joues.
— C’est bien cela, père. Il me dit" qu’il nous préviendra par dépêche.
Je te laisse finir ta lecture en paix; je pense aussi que tu auras un grand plaisir à donner toi-même les ordres nécessaires ?
Elle sourit encore, et, sans quitter la lettre des yeux, fit signe que oui. M- Harteveld s’éloigna.
Abrham disait :
«... Quelle absurde lettre je vous ai écrite!
Je vous en supplie, s’il en est temps encore, ne la lisez pas, et dans tous les cas n’y répondez pas. Je tremble de l’effet que je