CHAPITRE PREMIER
du dénombrement des vieilles chroniques, et par exemple, sous Alix de la Fare en 1 3 3 3 , les cent dix-huit bœufs, sept à huit cents chèvres ou brebis, cent treize porcs... que sais-je ? Elle eut un vague sourire de dédain : « Ces abbayes, pourtant, quelles richesses! » Elle aima le dénûment de leur médiocre fortune qui ne gâtait par aucun luxe les souvenirs d’autrefois.
Elle regarda en haut. Les nuages se resserraient; le ciel, uniformément gris, ne laissait tomber qu’une clarté triste, et les rocs fermant l’horizon en arrière semblaient trouer le ciel bas. Claude recueillit en elle tout ce que l’automne, la lumière voilée, le bruit de l’eau, le bruit du vent, le recul des siècles, lui apportaient de pensées, comme on accueille des hôtes attendus qui heurtent à la porte. Elle les remercia de répondre à son attente. Et une fois de plus, embrassant du regard les vieilles murailles, au fond de la gorge perdue, elle aima que cette chose superbe et triste fût à elle.
— Mademoiselle Claude! Mais sans avertir! Pas possible!
La bonne grosse Gautrande courait vers la jeune fille, l’embrassait à pleins bras.
— Que vous êtes pâle, ma petite, mon enfantou !
Et elle l’accablait de mots de bienvenue patois, d’un charme intraduisible, de mots câlins, adoucis par les diminutifs constants, « mon enfantou, ma petitotte ». Ces mots adressés à cette jeune fille distinguée, une « dame » tant qu’au monde il y aura des dames, eussent fait sourire, sans la tendresse de la nourrice et l’émotion de Claude qui répondait à ces frustes caresses : « Ma brave Gautrande, ma bonne », passant son bras affectueusement sous celui de sa nourrice qui allait, babillant :