‹ Autels mortsChapitre 9 sur 177 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— Dès que j’ai entendu Bousquet, je me suis méfiée que c’était vous! Heureusement je tiens votre chambre prête! Et Monsieur et Mademoiselle qui sont absents jusqu’à ce soir! Monsieur avait affaire à son Conseil d’administration, et Mademoiselle en a profité pour aller aux provisions, tout ça pour mieux vous fêter demain. Car on ne vous attendait pas avant demain! Quand même, c’est contrariant! Pourvu encore qu’il ne neige pas tout à l’heure! Et M. Georges?

Claude écoutait et répondait, tout en suivant l’allée de graviers qui longeait la terrasse. Elle franchit le seuil aux dalles usées; elle monta le massif escalier de pierre, simple et nu, avec des trous, avec des bosses, entre les murs blanchis à la chaux; et elle s’arrêta un instant devant la terrasse de vigne vierge, longue terrasse perpendiculaire à l’aile droite de l’Abbaye où donnaient, autrefois, les appartements de l’aumônier. C’était l’un de ses sites préférés.

- — Mais, Gautrande, allons voir le cloître!

— Il est beau, mademoiselle. Les feuilles vous ont attendue pour tomber. Il est tout rouge.

Gautrande poussa une porte. Les longs corridors nus s’étendaient. A droite, les cellules, portant encore chacune un numéro en chiffres romains; à gauche, de larges fenêtres que Gautrande s’empressa d’ouvrir.

Le cloître, remanié dans tous les sens par les dernières abbesses, ne conservait d’arcades que d’un seul côté. Il encadrait la cour traditionnelle. Dans cette cour, un puits sans eau, des fagots jetés pêle-mêle, des plâtras, des poutres voisinaient. Mais sur tout cet abandon, ici encore la vigne vierge, somptueuse et splendide, jetait son voile de pourpre. Elle descendait en bas et rampait jusqu’aux amas de bois mort et de décombres; elle gagnait, là-haut, jusqu’au cadran solaire, jusqu’aux inscriptions qui s’effritaient :

Hæc præteribunt. Lumen in œternum manebit.

Hæc... Toutes les anciennes choses étaient

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