CHAPITRE VIII
vos prairies et sous vos arbres; la vue de mon ordonnance m’a rappelé à la réalité... Que la vie est belle! Quand la mort est si près on n’ose pas y appuyer sa pensée. La mort est à distance de moi, elle s’éloigne; et toutes les joies qui s’étaient enfuies comme des oiseaux craintifs reviennent à tire d’ailes.
« Que c’est étrange, chère! Il me semble que je n’ai jamais eu peur. Et maintenant je tremble à la pensée que, tout cela, je pouvais ne pas l’avoir, ne pas l’attendre, être couché parmi les autres, dans le grand ossuaire, ou dans quelque lit d’hôpital... Tandis que, lorsque vous lirez cela, peut-être déjà ma dépêche sera dans vos mains : et alors plus que deux jours, ou un jour, ou seulement quelques heures!... Oh! Claude, que la terre nous tient, et que nous sommes faibles quand nous aimons! Je ne sais pas si j’oserai prononcer ce mot avec vos grands yeux sur moi. Mais je vous le redis ici par toute mon âme, par ma vaillance si j’en eus jamais, qui était vous, par ma faiblesse qui est vous, par cette
joie, cette indicible joie qui est vous encore, rien que vous...
« Abrham. »
Claude continuait à sourire... Ah! qu’elle le connaissait bien! Que pouvait-on craindre d’une si folle tendresse? Qu’importait une divergence de sentiments? Elle serait « elle » toujours. Il ne lui demanderait rien de plus. Elle s’étonnait presque des graves pensées et des angoisses de ces derniers jours... Elle n’avait plus qu’une idée : que cette demeure lui fût chère, accueillante et douce. Et courant prévenir Mlle de Lourmade, Gautrande, Claude oublia les pensées moroses dans le branle-bas joyeux des préparatifs de larrivee.
Quelle chambre lui donnerait-on? La chambre rouge, entre Georges et M. Harteveld, pour qu’il eût la même exposition qu’elle, et, sous les yeux, la haute colline, la rivière, l’allée de tilleuls. Mlle de Lourmade était précieuse pour toutes les questions