CHAPITRE IX
les a révélés qu’aux mères, car un manteau de glace sembla tomber sur l’arrivant. Heureusement, Gautrande veillait. Elle épiait l’arrivée de son enfant, du fond de la cuisine. Il la vit, et ralentit le pas. La bonne femme laissa monter les autres, et le retenant à l’entrée de cette demeure où pour la première fois il revenait comme catholique, elle l’embrassa à pleins bras :
— Dieu vous bénisse, mon enfant, murmura-t-elle. Vous avez bien fait, et Monsieur et Mlle Claude vous aiment la même chose : et la pauvre Madame qui voit bien tout, maintenant, a dû vous inspirer.
Dans sa délicatesse innée, elle trouvait le mot qu’il fallait au cœur encore saignant de ses sacrifices.
— Tes fils vont bien, dit Georges trop ému pour lui répondre directement. Je les ai vus. Tu les auras cet été. On les a envoyés au repos.
Le thé les groupa tous dans le cabinet de M. Harteveld. Claude allait et venait, atten-
tive à chacun, les servant selon leurs goûts, en femme qui sait l’art charmant de recevoir. Elle avait réservé une petite table pour Abrham et pour elle dans l’embrasure de la bibliothèque, et elle détaillait gaîment l’uniforme sobre du colonial, tandis que Georges observait en riant :
— Ce n’est rien! Tu le verras tout en blanc. Il-a pensé à tout, va !
Abrham rougit comme un enfant pris en faute :
— Vous aimez le blanc..,, et levant les yeux il eut une exclamation joyeuse : Ah! Mme de Montpezat!
— Mais d’où la connaissez-vous? demanda M. Harteveld amusé. J’admire la précision des lettres de Claude. Vous n’arrivez pas, mon ami. Vous revenez.
— Je reviens, monsieur. Je suis un des hôtes familiers! Mais je m’étonne... Madame l’Abbesse a l’air très accueillant!
— Elle est trop grande dame pour vous recevoir autrement, jeta gaîment M. Harteveldi