CHAPITRE IX
— Claude, je t’apporte tous les souvenirs, non pas d’une abbesse, mais de notre petite sœur Claire. J’ai un paquet pour toi dans ma valise, dit Georges.
— Chère sœur Claire! Elle soigne toujours les Allemands? Quand je me souviens, à cet incendie de la cathédrale, quelle émotion j'ai éprouvée!... Elle est toujours la même?
— Encore meilleure. Encore plus simple.
— Et toujours avec sa Bible et son Saint François, ses deux seuls livres?
— Toujours. Elle n’en connaît pas d’autres... Sa vie est là.
— Sa vie est là? demanda M. Harteveld étonné, mais cela doit la laisser assez neuve au point de vue pratique ?
— Oh! oui, dit Georges, c’est une enfant. Mais qu’importe? Elle n’est pas de la terre.
— J’ai renoncé à lui écrire. Elle ne répond jamais. Mais j’essaierai par toi. Je la vénère. C’est curieux. Toute simple qu’elle est, elle m’inspire une confiance totale. C’est quelqu’un à qui je dirais tout.
— Oh 5 mais nous avons parlé de vous ensemble, dit Abrham joyeux.
Claude redoublait d’attentions pour Georges, un peu isolé et gêné, tandis que Mlle Goralie, se forçant à la bienveillance, offrait indistinctement les chocolats et les caramels que les jeunes gens appréciaient comme leurs hommes l’avaient fait au tw janvier,
— Vous ai-je assez remerciée, mademoiselle? demandait respectueusement Abrham.
Vous nous avez tous gâtés, et si souvent !
— Jamais comme je l’aurais voulu, répondait la vieille demoiselle, mais mes devises? Mes devises ont-elles fait plaisir? Ont-elles surtout fait du bien? Vous ne m’avez pas répondu sur ce seul point?.,,
Abrham, inapte à mentir, se rappelait quelques plaisanteries plutôt raides à leur sujet. Il commença sous le regard rieur de Claude :
— Je vois encore la joie du gros Gervais lisant : « Le Seigneur brisera leurs os »... Et les autres...