‹ Autels mortsChapitre 89 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

— Abrham, est-ce que vous voudriez voir ma terrasse ? Venez-vous, père ?

— Allez, mes enfants. J’emmène Georges vers la ferme. Nous vous rejoindrons.

La petite terrasse, en retrait à l’ombre d’une grosse tour, était charmante dans la douceur de cet après-midi finissant.

Abrham s’assit auprès d’elle, seul avec elle pour la première fois, peut-être, et trop ému pour trouver d’abord une parole. Une légère lumière, à demi rosée, à demi dorée, comme en certains crépuscules grecs, flottait autour d’eux, mais, ici, estompée par la brume qui montait du fond de la vallée. Dans le silence et la solitude qui les enveloppaient, leurs âmes concentraient toutes les joies et les beautés éparses, comme devant eux les jeunes ormes retenaient l’or des

rayons... Et plus rien, au dehors, n’existait.

Elle lui sourit d’un sourire merveilleux sur ses lèvres graves. Il murmura :

— Oh! Claude, que la vie est belle!...

Quand je n’aurais que cette heure, ce soir, il me semble que è’est plus que ma part de joie. . .

Elle continuait à sourire, sans répondre. Sa beauté immatérielle se dégageait, dans l’adoration qui montait vers elle, comme l’argile du potier se colore sous la morsure de la flamme. Et maintenant, dans le calme inviolé, il parlait et elle écoutait. Il lui disait les mots que les êtres se redisent d’une génération à l’autre, chaînon nouveau de la chaîne sans fin, si différents, pourtant, suivant ceux qui se lient! Chez lui, comme chez les plus hauts, le désir de conquérir une créature d’élite exaltait les forces spirituelles et les élevait. Dante résume en l’un de ses admirables chants cette rare façon d’aimer :

Je me m’apercevais pas ■que je montais..-.

Mais .je m’aperçus que j’étais plus haut

En voyant la femme de mon cœur devenir plus belle...

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