CHAPITRE IX
Bientôt Abrham s’enhardit jusqu’à lui poser le seul problème qui importât pour lui, devant elle, le problème de son âme :
— Vous ne m’en voulez pas, Claude, pour mes absurdes lettres? Vous ne m’avez pas trouvé trop ennuyeux?
— Je vous en remercie, au contraire, lui dit-elle avec cette compréhension qui laissait leur valeur aux choses graves. Vous me mêlez à ce qui en vous est le plus sacré.
— J’ai dû vous sembler fou ! Toutes ces analyses à deux pas de l’ennemi 1... Malgré mes efforts je me suis expliqué très mal,
— C’est si mystérieux! murmura-t-elle.
— Oui. Il faudrait d’autres mots que ceux que nous avons. Ce n’est pas avec la raison pure qu’on atteint le Divin. Je crois qu’il y a en nous des cimes inaccessibles, où le Seigneur passe, comme sur l’Horeb.
— Ce qui m’étonne seulement, dit-elle avec douceur, c’est cette emprise extraordinaire d’un être en qui vous ne croyez pas.
— Ai-je dit que je ne croyais pas ?
L’expression radieuse du visage s’effacait graduellement, faisait place à la tension habituelle, anxieuse, presque douloureuse.
— Oui. Je l’ai dit. Cependant cette recherche de Lui, ce besoin de Lui, n’est-ce pas plus que l’adoration des croyants? Ne pas savoir, ne pas pouvoir décider, et qu’on le veuille ou non, retrouver toujours en soi la même image!...
Il se tut un instant. Un silence plein de pensées s’étendait entre eux. Elle attendait, respectueuse et attentive, et il parlait comme seul devant son âme.
— Et toujours Lui, dans nos grandes angoisses et dans nos suprêmes joies! Je vous écrivais : « C’est parce que je suis devant la mort. » Et je vous dis maintenant : « C’est parce que je suis devant la vie que je le revois. »
Très bas il ajouta : « Ne semble-t-il pas qu’il passe à travers les portes que nous avions cru fermer ? »
Il y eut un long silence. Les hirondelles