‹ Autels mortsChapitre 91 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

volaient d’un vol las, au-dessus de leurs têtes, comme si leur effort pour s’élever était entravé par toute la beauté et les parfums de la terre.

— Vous êtes venu hors de votre temps, dit Claude essayant de dominer son trouble.

Vous avez une âme de mystique du Moyen Age, de l’un de ces saints qui allaient, par les chemins, chantant leur chanson éternelle...

— Hélas ! la mienne est plus incertaine, — ils ne connaissaient pas nos doutes, — et elle est plus humaine aussi! Que ferais-je sans vous? Il me faut votre compréhension, votre appui... Je voudrais vous sentir plus sûre que moi, sans aucun trouble, et cependant pareille à moi !

— Nos âmes doivent être différentes, ditelle gravement. Avant ces adorations, ces tendresses et ces appels, je voudrais écrire comme à Delphes, sur le fronton du temple : Tu es... Si je gravais ce mot, en moi, tout suivrait. Sans cela, je croirais bâtir sur des nuages qu’un souffle fait et défait...

— Et vous ne pouvez pas dire : « Tu es » ?

les autels morts

— Pas plus que vous, dit-elle; moins que vous, peut-être. Je n’hésite pas comme vous le faites.

— - Ainsi, murmura-t-il hésitant, nous sommes tous les deux leur proie. Ils ont justifié votre incroyance, et ils m’ont livré au doute. Et il nous faut vivre l’un et l’autre avec ce tourment infini.

— Le vide, peut-être, mais non pas le tourment, affirma-t-elle avec l’assurance des cultures trop rapides et incomplètes. C’est le tourment, peut-être, si la vie n’est plus assez belle pour se suffire à elle-même. Mais dans les instants que nous vivons! Est-ce qu’ils ne vous suffisent plus ?

Quelque chose frémit dans son ton, Comme un défi, ou, déjà, comme (un reproche. Le soleil franchit la crête de la colline. Brusquement l’ombre s’étendit, noya la vallée, éteignit tous les rayons. En lui aussi la nuit et le froid descendirent. On eût dit qu’une plainte passait dans le silence. Le cœur de Claude s’émut.

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