‹ Autels mortsChapitre 93 sur 177 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

D’un commun accord, ils ne reprirent pas cette conversation.

M. Harteveld disait vrai. Qu’il était facile et sage de le suivre ! Des questions ? Des recherches? des tourments? Quelle folie! Chaque jour apportait la douceur unique d’être là : et chaque jour emportait son lambeau de fête, son lambeau de vie... La brièveté de l’heure, d’une heure peut-être sans lendemain, ajoutait pour l’âme païenne de Claude, comme pour le poète latin, une sensation plus aiguë, plus poignante, à la joie que la présence d’Abrham lui donnait. Et lui comptait comme un enfant, ou comme un condamné :

« plus que quatre jours, plus que trois, plus

que deux. .. »

Cependant, sous les dehors heureux, l’état I de leurs âmes se compliquait. En elle d’abord. Son effort de droiture l’avait libérée, mais déçue. Plus elle revenait, par la pensée, sur leurs paroles et sur leurs silences, plus elle sentait qu’une part, en lui, échappait à son empire. Certes, il lui plaisait, comme elle le disait, d’être mêlée aux questions spirituelles, mais dans la mesure où elle les expliquerait et les dominerait. Elle avait marché à l’assaut de ces puissances invisibles, souriante, et sans douter un instant du triomphe. Elle se rendait compte maintenant qu’elle se mesurait à des forces supérieures. Elle pouvait ajouter aux hésitations et aux souffrances d’Abrham, et parce qu’il était faible, l’amener à débattre à nouveau l’emploi de sa vie; elle commençait à sentir vaguement qu’elle ne pouvait pas modifier l’orientation de cette âme. Elle s’en étonnait, et, presque, elle s’en irritait. Qu’était-ce que cet

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