CHAPITRE X
idéal, au-dessus d’elle, cet attrait invincible hors d’elle? Dans sa pensée dévastée le grand amour n’allait pas sans l’anéantissement de l’obstacle quel qu’il fût, et elle concevait déjà un sentiment plus complet, auquel elle aurait suffi.
Son esprit absolu, et borné par l’incroyance, admettait mal ce qu’il n’expérimentait pas, Et au contraire, dans ce qu’elle connaissait et aimait, selon sa formule simpliste, « ce qui n’était pas tout n’était rien ». Croyant donc, chez Abrham, non à un débat de conscience, mais à quelque faiblesse de sentiment, elle entrait dans la disposition dangereuse d’affirmer leurs divergences, au lieu de les atténuer, pour savoir où se limiterait son pouvoir. Tout cela à peine perçu encore, à peine indiqué, contenu par la volonté d’éviter toute souffrance à celui qui devait se battre demain. Mais le coeur de Claude, au dedans d’elle-même, était lourd...
Lui, tout à sa tendresse, moins intellectuel et plus sensitif, souffrait aussi, mais autre-
ment. Il ne doutait pas de l’entraîner, avec le temps, vers un spiritualisme consolant. Il ne voulait pas en douter..,. Il se dérobait à une évidence qui entraînerait des conséquences trop dures. Il limitait volontairement la question à son avenir. Il cherchait à concilier à la fois sa conscience et le désir de plaire à Claude. Que faire? Il sentait si bien la surprise et la désapprobation sous la douceur des mots! Renoncerait-il à être pasteur? Après tout l’Église de Rome, seule, rivait les siens au poteau. Lui pouvait disposer de lui-même. Il demeurait libre. Il ne s’expliquait pas la saveur amère d’une pensée aussi naturelle : mais c’était comme si devant l’offre d’un poste périlleux, il se retirait à l’arrière...
Bientôt cependant le souvenir d’un geste, d’un sourire de Claude emportait les vaines recherches. Était-il fou? Ne serait-il pas l’heure de penser à ces choses au retour... s’il revenait ?
Et il rejoignait se fiancée... Son charme ' infini, la douceur prenante de cet être volon-