CHAPITRE X
taire et fort, tous les enchantements d’une femme aimée et qui vous- aime faisaient leur œuvre... Et tout se résumait en une nouvelle raison de l’admirer. Quelle droiture! Quelle belle conscience! Quel scrupule de vérité! Quelle amie profonde et sûre ce serait! Oui : L’avoir d’abord... Plus tard, ou après, — ou jamais! — le reste s’expliquerait. Et la joie revenait, souveraine, comme à travers les nuages amoncelés le soleil passe triomphant, les problèmes douloureux s’effacaient devant la réalité de délices, devant l’avenir attendu. Ah! non plus quatre ou cinq jours, en passant, et sous le voile menaçant de la guerre, mais la vie, la longue vie!...
La visite minutieuse de l’Abbaye le charma.
Il voulut tout voir avec elle : les cellules, les grandes salles voûtées, le réfectoire, les cuisines, le chapitre. La chapelle agissait curieusement sur lui, le retenait. La lumière dessinait sur le sol les grandes baies vitrées; l’orgue aux tuyaux brisés demeurait debout;
la place des grilles se marquait encore en trous réguliers sur les dalles. Il s’intéressait à tout : aux peintures qui s’écaillaient, aux fines boiseries où jouaient des anges, où s’épanouissaient des fleurs en bouquets : il recherchait, sous les restaurations des dernières abbesses, l’appui massif des vieux murs. Il s’asseyait avec Claude, de longs moments, dans les stalles sculptées; les pupitres qui devaient supporter les lourds antiphonaires glissaient encore dans leurs rainures... Quelque abbesse attardée n’allaitelle point passer au milieu d’eux, comme Marguerite III de Montpezat, l’air étonné et distrait? Les vieux siècles se ressuscitaient d’eux-mêmes, ramenant le Chant Grégorien, les nobles rites, la culture des moniales. Ils regrettaient, ils évoquaient les ombres des Bénédictines dans ce cadre fait pour elles seules.
Il l’écoutait. Il l’admirait. Les multiples aspects de cette nature complexe, aux dons d’artiste et de poète, se révélaient à lui : elle