‹ Autels mortsChapitre 96 sur 177 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

dissertait peu, mais sa pensée se manifestait en images dont il admirait la force; et la liberté de ses jugements l’effrayait et l’attirait tout ensemble. Il en gardait, après, une sorte de vertige; la sensation de ceux qui, dans une ascension périlleuse, mesurent les pentes à pic qu’ils longent...

Quelquefois Georges se joignait à eux.

Tous deux l’aimaient et sentaient la difficulté de sa situation. Mlle de Lourmàde le considérait comme un transfuge, les autres comme un esprit circonvenu. En vain s’était-il efforcé d’expliquer sa conversion à son père. Il s’était heurté à une volonté absolue de silence. Un mot seulement à l’arrivée : « Je suis sûr que tu as agi suivant ta conscience. Mais n’en reparlons pas »... et quelque effort

que Georges eût tenté pour vaincre la condamnation tacite, il avait fallu s’en tenir là. Aussi le jeune homme vivait-il beaucoup au dehors, dans de longues promenades solitaires, ou chez le vieux curé de Saint-Gervais, l’abbé Bonnal, admirable prêtre voué depuis trente ans à la même misérable paroisse, par volonté et par choix. Tous, dans le pays, le vénéraient. Il ne venait pas à l’Abbaye; mais un de ces jours il avait raccompagné Georges jusqu’au seuil de sa demeure. M. Harteveld, l’apercevant, était descendu à sa rencontre et, avec sa courtoisie habituelle, l’avait pressé d’entrer et de se reposer quelques instants; Le vieillard accepta simplement. Mlle de Lourmade, accueillante et polie, prépara une légère collation : la chaleur était brûlante, en ces jours de juin, dans la gorge étroite. Mais le curé s’excusa, raconta que, en chemin, Georges lui avait offert des cerises; et une conversation aimable s’engagea entre lui et ses hôtes. En prenant congé, M. Bonnal remercia Mlle de Lour-

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