CHAPITRE X
made de sa charité pour ses paroissiens.
— Nous serions trop heureux que vous nous permettiez quelquefois de penser à vous, dit aimablement M. Harteveld. Vous nous refusez tout...
— Monsieur, dit le prêtre souriant, je suis né pauvre. J’ai appris à lire en gardant les brebis. J’ai changé de troupeau, sans changer d’habitudes. Je vis au milieu d’êtres de même condition que moi. Et je puis m’endormir heureux le soir en pensant qu’aucun de mes paroissiens n’a dîné plus pauvrement que moi. Cela coûterait à un autre, formé à plus de délicatesses, moi c’est tout simple... Je suis l’un d’entre eux.
— Paul aussi était faiseur de tentes, observa M. Harteveld.
— Mais il était un saint : ces grands noms sont écrasants pour nous! Il est vrai, je lui ressemblerais par ma petite taille, ajouta le bon prêtre en souriant.
— Monsieur le curé, dit Claude qui arrangeait les plus beaux fruits dans une petite cor-
beille, vous ne pourrez pas refuser des fruits que j’ai cueillis? Gautrande les portera à mademoiselle votre sœur.
— Mademoiselle Claude? demanda le prêtre.
La jeune fille regarda plus attentivement la tête aux longs cheveux blancs, la figure mal rasée et la pauvre soutane sans couleur.
— J’aime que Gautrande vous ait dit mon nom, monsieur le curé, dit-elle simplement.
— Est-ce que vous verriez quelque obstacle, monsieur le curé, à ce que nous nous rencontrions quelquefois ? proposa gracieusement M. Harteveld.
— Monsieur, répondit le vieux prêtre, si vous le permettez, je viendrai dire adieu à Georges : car savez-vous ce que je pensais, maintenant? Je pensais à cette parole de mon Maître : «J’ai des brebis qui ne sont pas de la même bergerie »... Georges sera notre trait d’union.
— J’apprécie ce vieux pasteur, observait plus tard Mlle Coralie de son ton tranchant.