‹ Autels mortsChapitre 99 sur 177 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

des cœurs comme ça, il faudrait le bon Dieu.

— Je suis sûr que vous lui en avez parlé, ma bonne Gautrande?

— Elle ne m’écoutait pas déjà... Et vous, monsieur, poursuivit-elle avec sa bonhomie, vous l’aideriez tant si vous n’étiez pas de la fausse religion! Je me décharge le cœur avec vous, j’ai tort, bien sûr. Mais vous voyez bien qu’elle se moque de votre côté, ou chacun va de-ci de-là. Il lui faudrait quelque chose de solide où s’appuyer. Au lieu de ça, elle ne compte que sur elle. Et aux jours de malheur, le diable peut la tenter aux pires choses.

— J’espère que rien n’arrivera; et, dans tous les cas, vous serez tous là pour la préserver : et vous veillerez sur elle, Gautrande, comme sur votre fille.

— Ce n’est pas les gens d’à côté qui peuvent rien, surtout avec elle!... Veillez bien sur vous, à cause d’elle, monsieur. Des cœurs comme ça, ça aime une fois, mais pas deux.

Ces mots naïfs lui versaient la peine et la joie; et il allait confier à M. Harteveld ces soucis-là, avec les autres. Une harmonie complète de pensées et de vues existait entre les deux hommes, d’une pareille noblesse de nature : mais l’incertitude habituelle de l’un s’appuyait à la calme maturité de l’autre, et s’y apaisait. Abrham, malgré sa réserve,, reprenait un à un, dans leurs perpétuels retours, et lui soumettait ses scrupules : inquiétudes d’avenir, d’abord; et puis peu à peu, angoisses de sa conscience d’homme, ce qu’il osait à peine formuler, à peine s’avouer à lui-même. Était-il juste d’enchaîner Claude à un ordre de pensées et de devoirs qui lui répugnerait? En se faisant pasteur il assu-

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