LES DÉCORATIONS
J'ai la plaque diamanlée de grand-offlcier de la Légion d'honneur et la médaille militaire jaune à lisérés verts et les médailles multicolores, commémoratives des guerres de Crimée, d'Italie et de Chine, sans compter celle de la douloureuse expédition du Mexique. J'ai l'honneur de vous en faire part, ami lecteur. Toutefois, ne vous mettez en frais ni de congratulations ni d'envie jalouse : ces croix et ces médailles, vous pouvez les avoir à ma façon; je les possède en eftigie seulement, sur planches gravées en couleur, nuancées, à vrai dire, et moirées en trompe-l'œil avec un relief surprenant^ dans un beau volume in-4<> plein de recherches rétrospectives et de documents assez curieux que vient de publier M. Steenackers, membre de la Société de l'histoire de France, sous
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ce titre : Histoire des Ordres de chevalerie et des distinctions honorifiques en France.
« Histoires des distinctions » le titre seul
fait penser. Gomment accorder cette histoire, qui dure toujours, avec nos revendications égalitaires ou démocratiques ? Et serait-ce par hasard pour arriver à faire concorder ensemble les distinctions et l'égalité que ces distinctions sont répandues avec tant de profusion, et qu'elles vont chercher peu à peu tout le monde, ou plutôt que tout le monde vient les chercher ?
Il y a pourtant, tout de bon, un progrès égalitaire dans Thistoire de ces armoiries honorifiques, car on les voit longtemps confiées seulement à la noblesse, avant de descendre par degrés à tous les mérites. Sous Louis XIY, faute de titres nobiliaires, les Fabert, les Gatînat, les Duquesne étaient inhabiles à porter les ordres royaux. Fabert avait refusé le cordon bleu du Saint-Esprit, qui exigeait quatre générations de noblesse, et le bâtard de Louis XIV, le comte de Toulouse, recevait à quatorze ans ce fameux cordon, tandis que Gorneille, Racine, Molière, jugés trop vils pour des insignes de courtoisie et d'honneur, ne pouvaient obtenir que des pensions.
La Légion d'honneur est venue remplacer tous ces ordres aristocratiques supprimés par laRévo-