‹ Auteurs et livresChapitre 19 sur 21 · L A VALLEE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

L A VALLEE DE MONTMORENCY

château de madame la princesse Malhilde s'élève à côté de la résidence d'été d'un journaliste célèbre, Emile de Girardin, s'était retiré le père la Pensée, le maréchal Qatinat, fier de ses aïeux roturiers. Il y mourut, et l'on peut voir encore l'orme planté de ses mains près du château qu'il a habité.

Mais le génie du lieu, c'est Rousseau; c'est le nom qu'évoque aussitôt la vallée de Montmorency à l'imagination du promeneur, comme Ferney fait murmurer celui deVoltaîre. C'est laque le philosophe se promenait solitaire et sauvage, causant avec les fleurs, leur faisant ses Confessions avant la lettre, que les hommes n'ont point entendues, mêlant à leurs parfums les soupirs passionnés de son âme ardente et de son cœur ulcéré. L'ermitage qu'il a babité existe encore : c'était, à l'époque de Jean-Jacques, une vieille masure que Madame d'Epînay transforma en une habitation petite, mais commode^ qu*elle offrit à Rousseau pour l'empêcher d'aller se filmer à Genève: « Mon ours, voilà votre asile, lui dit-elle, comme il le raconte dans ses Con/e^^ion^; c'est vous qui l'avez choisi, c'est l'amitié qui vous l'offre. » Il fut heureux quelque temps dans cet asile ; il en a retracé la mémoire dans des pages éloquentes :

« Quel temps, écrivait-il à M.de Malesherbes, croyez-vousque jeme rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves ? Ce ne sont pas les

plaisirs de la jeunesse, ils furent trop rares, trop mêlés d^amertume... Ce sont ceux de ma retraite, ce sont mes promenades solitaires, ce sont les jours rapides, mais délicieux, que j'ai passés tout entiers avec moi seul, avec ma bonne et simple gouvernante, avec mon chien bien-aimé, avecles oiseaux de la campagne et les biches de la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur, v

Mais ce bonheur sauvage, qu'il ne goûtait que dans la solitude, fut bientôt troublé, troublé par lui. Il était de ceux qui empoisonnent eux-mêmes leur félicité. Sa folle passion pour la belle-sœur de madame d*Ëpinay, madame d*Houdetot^ aimée de Saint-Lambert , le poète des Saisons , sema la désunion dans le cercle intime qui s'était fait un nid dans ces ombrages > se réunissant tantôt au village de Sannois, chez madame d'Houdetot, tantôt au château de la Chevrette, chez madame d'Epinay. Jean-Jacques quitta TErmitage et s'établit un peu plus loin , à Montlouis. A l'Ermitage , il avait écrit la Nouvelle Héloïse; à Montlouis, il écrivit Emile et le Contrat social

Cette petite habitation de l'Ermitage eut d'autres hôtes célèbres à divers titres. A la Révolution , la terre de la Chevrette , dont l'Ermitage était une dépendance , fut déclarée propriété nationale par le gouvernement républicain. Robespierre, eu

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