APE
Puisque S. Luc se mettait, suivant M. Renan, en frais d'invention et qu’il voulait multiplier les relations entre S. Paul et les apôtres, qu'est-ce qui l’empêchait, dans le récit de la délivrance de S. Pierre, lorsqu'il dit que l’apôtre, sorti de prison, entre dans la maison de la mère de Marc, « où se trouvaient rassemblés un grand nombre de fidèles en prière, » d’intercaler que Paul était parmi eux (1); ou, un peu plus loin, quand Pierre demande qu’on annonce la nouvelle de sa délivrance à Jacques et aux autres frères, de joindre Paul à ces derniers (2) ? C’était bien facile, et un faussaire n’eût pas résisté à - la tentation.
Mais l’auteur des Actes, après avoir relaté la dernière persécution d'Hérode, écrit simplement : « Barnabé et Paul revinrent de Jérusalem après avoir rempli leur mission, emmenant avec eux Jean surnommé Marc (3). » C'est-à-dire qu'ils se sont bornés à remettre l'argent qu'ils apportaient entre des mains fidèles et qu'ils sont repartis tout de suite. On comprend que ce n’était pas le moment pour Paul de se __ montrer à Jérusalem et que, si sa présence avait été
soupçonnée par les pharisiens, ceux-ci n’eussent pas épargné les pérquisitions pour s'emparer de lui. I]
dut aussi, tout le long de la route, soit en allant, soit ’être arrêté et livré à ses ennemis. On voit par ce qui précède combien est peu justifiée cette thèse qui veut faire de S. Luc un écrivain de parti et un falsificateur.
en revenant, gar der l’incognito dans la crainte d
(x) Act., xx, 12, (2) — x, 17.
- (3) — xn, 25.
ho UN NOUVEAU SYSTÈME D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
Si jamais livre a paruécrit, non pour prouver, mais seulement pour raconter, c’est bien celui que S. Luc nous a laissé sous le titre d’Actes des apôtres. Les faits y sont rapportés simplement, sans phrase, sans commentaire, sans éloge comme sans blâme, sans préoccupation de vanter ou de dénigrer personne. Il n’y a pas d’argumentations théologiques, ni de réflexions édifiantes ; on n’y démêle rien qui accuse chez l'auteur d’autre dessein que celui d’exposer ce qu'il a vu. C’estun modèle de chronique sobre, où leshommes sont caractérisés en quelques mots, plus encore par leurs paroles et par leurs actions que par les observations du narrateur, où les événements se déroulent dans leur ordre naturel, sans artifice de composition littéraire, sans surcharge de détails. Tout y est dessiné d’un trait juste qui fixe l’image dans la mémoire, avec un relief suffisant et des allures vivantes.