XI
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départ de la conquête du monde païen par la religion nouvelle. Jusque-là, à une exception près : le baptême du centurion de Césarée par S. Pierre, elle n’était pas sortie du cercle juif (1). À Antioche, les disciples la prêchèrent aussi aux Gentils qui se convertirent en masse. C'est à Antioche qu’elle reçut le nom qu’elle a gardé dans l’histoire et que ses sectateurs furent pour la première fois appelés che (2). Ici, se placent le second voyage de S. Paul à Jérusalem (3) et la persécution d’Hérode, dont nous avons parlé plu haut (4). Elle eut lieu peu de temps avant la mort de ce dernier, c’est-à-dire en l'an 42 (6). C’est l'unique synchronisme que les Actes des apôtres nous fournissent, pour toute cette période, avec les événements contemporains. - M. Renan s’est plu à embrouiller la chronolosie des commencements de l'Église. L'opinion générale était que la conversion de S. Paul avait eu lieu en Pan 34 ou en l’an 35 (6). M. Renan place la première prédication des apôtres en 34, l’organisation de la communauté des fidèles en 35, l'institution du diaconat en 36, la lapidation de S. Étienne en 37, la conversion de S. Paul en 38. Justifie-t-1l ce changement par quelque motif? Nullement, il ne donne pas la moindre raison à l’appui de son système ; c’est pure fantaisie. J’ajouterai que cette chronologie nouvelle n’a pas même en sa faveur la vraisemblance. Car, en
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(3) — xt, 30; x, 25.
(5) — xu, 18-23,
(6, Lenain de Tillemont. Mémoires pour servir à l’histoire ecclé siastique des six premiers siècles. Paris, 1700, in-4, t. I, p. 544.
se plaçant exclusivement au point de vue humain, puisque les apôtres voulaient continuer l’œuvre de Jésus-Christ, ne convenait-il pas qu’ils battissent le fer pendant qu’il était chaud, sans attendre que limpression de la parole du Maître fût effacée dans la mémoire d’un peuple oublieux et changeant? Ils ont donc dû profiter dela fête la plus proche de la dernière pâque de Jésus, ainsi que le racontent les Actes rédigés par S. Luc. C’est dès le principe et alors qu'ils étaient encore en petit nombre, que les disciples ont inauguré l’existence en commun. Quant à l'institution
du diaconat, il n’a pas fallu des mois et des années
pour y songer. La première idée qui se présente à l’esprit de personnes vivant ensemble c’est de charger spécialement quelques-unes d’entre elles de la surveillance du ménage etdes approvisionnements. Et qui pourrait croire que les Juifs, qui venaient de mettre à mort Jésus-Christ, allaient laisser se reformer le parti
qu'ils avaient voulu détruire sans tenter de l’écraser
aussitôt par les moyens les plus violents ? Tous ces faits ont dû se produire dans un très court espace de temps, et deux années ou même une seule suffisent amplement.
À partir de 42, S. Luc cesse de s'occuper de l’É-
glise en général pour s'attacher exclusivement à 5. Paul, et son récit devient à lafois plus détailléet plus
précis. 11 nous le montre, quelque temps après, quittant la Syrie pour aller évangéliser l’Asie-Mineure,. L’apôtre des Gentils, accompagné de Barnabé, s’embarque à Séleucie pour l’île de Chypre, où il prend terre à Salamine. De là, en passant par Paphos, il gagne la côte de Pamphilie, à Pergé; puis, il va à Antioche de Pisidie, parcourt la Lycaonie et annonce
l’évangile à Iconium, à Lystres, à Derbé. Il revient alors sur ses pas et rentre en Syrie (1).Cest après son retour à Antioche, vers l’an 5o ou 5r, selon qu’on a adopté pour sa conversion la date de 34 ou de 35 (2), qu’éclate la querelle de lacirconcision dont nous avons parlé dans notre premier chapitre, querelle qui le fait aller à Jérusalem (3).
S. Paul, après ce voyage, part pour. une an mission. Il parcourt d’abord la Syrie et la Cilicie, repasse en Lycaonie, traverse la Phrygie, la Galatie, la Mysie (4) ets’embarque à Troade pour la Macédoine. Ici, S. Luc se joint à lui et parle en témoin oculaire (5). La troupe apostolique s’arrête à Philippes; puis elle va prêcher l’évangile à Thessalonique et à Bérée. Une sédition provoquée par les Juifs oblige 5. Paul à quitter la Macédoine. Il vient à Athènes et de jà à Corinthe où il fonde une église célèbre. Ilse décide alors à retourner en Asie et, s’embarquant à Cenchrée, il se rend à Éphèse et ensuite à Antioche (6). Pour toute cette période, nous n’avons que deux indications chronologiques, celle du proconsulat en Achaïe de Novatus, frère de Sénèque, qui, étant entré dans l’adoption de Gallion, en avait pris le nom (7),et la mention d’un séjour de dix-huit mois fait par l’apôtre à Sr ce qui nous reporte aux années 93 et 54 (8).
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(2) Sa conversion datant de 34 ou de 35, il vient trois ans après voir Pierre, en 37 ou 38, et quatorze ans après cette visite y retourne pour l'affaire de la circoncision, par conséquent en 5o ou 51.
(3) Act., XV, 1-34.
(4) — xv, 35-47; xvr, 1-7.
(5) — xvi, 8-10.
(6) — xvI, 11-40 ; XV, XVII, 1-22.
(7) — xvur, 12.
(8) — xvin, 11.
S. Paul se repose un moment à Antioche; mais bientôt il reprend ses courses apostoliques, revient en Galatie eten Phrygie pour la troisième fois et se fixe à Éphèse pendant trois années environ. Après ce temps, il retourne en Macédoine et en Grèce où il séjourne seulement quelques mois. Ayant recueilli des aumônes pour l’Église de Jérusalem, il résout de les porter lui-même. Il repasse alors par la Macédoine, célèbre la pâque à Philippes en l’année 58, gagne
Troade, suitle Hittoral jusqu’à Asson, où il s’embarque pour Ptolémaïde, en faisant escale à Mitylène, à Chio, à Samos, à Milet, où il a une entrevue avec les prin-
cipaux de l’Église d’Éphèse, puis à Rhodes, à Patare et à Tyr. De Ptolémaïde, il gagne Césarée et, après quelques jours de repos, arrive à Jérusalem pour les fêtes de la Pentecôte (x).
Il ÿ est reçu avec empressement par les frères et assiste chez Jacques à une assemblée des anciens de
l'Eglise. Tous se réjouissent du fruit de sa prédication
parmi les Gentils, mais en même temps ils lui font connaître qu'il a été calomnié chez les fidèles de Judée, aux yeux desquels on l'a représenté comme enseignant le mépris de la tradition mosaïque. Ils le
conjurent d’effacer cette mauvaise impression par un
acte de zèle en faveur de la loi. Paul y consent, prend avec lui quatre pauvres qui avaient fait vœu de naziréat, paie la dépense de leur sacrifice et entre avec eux dans le temple. Mais des Juifs d'Asie, qui l'avaient vu arriver à Jérusalem accompagné d’incirconcis et notamment de Trophime d’Éphèse, s’imagi-
(1) Act., xvIuI, 29-40; xIX; XX; XXI, 1-17.
nent qu'il a introduit ce dernier dans le parvis interdit
aux Gentils et en répandent la nouvelle parmi le peuple qui se soulève au bruit de cette profanation. Le tribun de garde à la tour Antonia intervient avec ses soldats et arrache Paul aux mains de ses ennemis qui l’accablaient de coups. L’apôtre veut s’expliquer, les vociférations redoublent; le tribun, ne sachant à qui entendre et voyant en lui l’auteur du tumulte, ordonne de le garrotter et de lui donner le fouet. Paul invoque alors sa qualité de citoyen romain. Le tribun le fait délier et, lelendemain, cherche à éclaircir cette affaire devant le conseil des prêtres et des anciens. Mais, n’arrivant à aucun résultat et apprenant d’autre part qu’on complote la mort de son prisonnier, il se décide à l’envoyer sous bonne escorte à Césarée par devant Félix, proconsul de Judée, qui le garde deux ans captif (r). Son successeur, Festus, le trouva dans cette situation et lui proposa de le conduire à Jérusalem pour le juger contradictoirement avec ses accusateurs, mais Paul s’y refusa et en appela à César. On le confia en conséquence à la garde d’un centurion avec lequel il s’embarqua pour Rome où il arriva au printemps de Pannée 61, après une longue et pénible traversée. Il y attendit durant deux années l’apppel de sa cause, jouissant d’une liberté suffisante pour recevoir Jes Juifs et les Chrétiens et annoncer la parole de Dieu. Cest là que les Actes des apôtres le laissent et que S. Luc interrompt brusquement son récit (2).
(1) ACER, 17-40 s'XXNS RXHTA KI:
(2) Act, XXV:; XXVI; XXVII; XXVHI,