CHAPITRE PREMIER
L'ENSEIGNEMENT DE S. PAUL, D'APRÈS LES ÉPITRES AUX GALATES, AUX CORINTHIENS ET AUX ROMAINS
ÉPÎTRES DE S. PAUL DONT L'AUTHENTICITÉ NE SOULÈVE AUCUNE OBJECTION Les évangiles, dit M. Havet (1), « sont certainement postérieurs à la prise de Jérusalem par Titus; on ne peut donc supposer moins de quarante années entre la date de la mort de Jésus et celle du plus ancien... Il existe, il est vrai, des lettres de Paul
notablement plus anciennes et voisines de la mort de
Jésus. Mais ces quatre courts morceaux » (c’est-àdire, d’après une note mise au bas de la page par M. Havet, une épitre aux Galates, deux aux Corinthiens et une aux Romains), car il n’y en a pas davantage qui soient authentiques, et ce sont les seuls écrits authentiques du Nouveau Testament, ne nous apprennent rien sur le Maître que Paul n’avait pas
(1) Havet. Études d'histoire religieuse, Critique des récits sur la vie
de Jésus. Revue des Deux-Mondes, livraison du 1° avril 1881, p. 582.
LA
connu. » Voilà bien des affirmations et des négations, dont on chercherait en vain la preuve dans le livre de M. Havet. Il les tient d’avance pour démontrées.
Les exégètes de Tubingue et M. Renan sont loin d’être aussi radicaux (1); mais pour demeurer sur un terrain absolument incontesté, suivons l’indication de M. Havet, et ne prenons pour termes de comparaison que ces « quatre courts morceaux ». Ne chicanons pas non plus sur les dates. L'opinion générale était que l’épitre aux Galates avait été écrite en l’année 55, la première aux Corinthiens en 56, la seconde en 57, lépitre aux Romains en 58. M. Renan préfère 54 pour l’épître aux Galates, 57 pour la première aux Corinthiens, novembre de la même année pour la seconde, et décembre 57 à février 58 pour l’épître aux Romains. Peu importe : les quatre épiîtres ont été composées de 54 ou 55 à 58, en trois ou quatre ans, par conséquent cinq années avant la date à laquelle finissent les Actes, et vingt ans au moins avant l’époque que la nouvelle exégèse voudrait assigner à la rédaction du premier évangile, cela nous suffit.
Nous allons maintenant examiner ces écrits et en tirer, s’il est possible, un aperçu de ce que l’Église pensait de Jésus-Christ et de sa doctrine. Je dis l’Église et pas seulement S. Paul. Il résulte en effet de la déclaration de ce dernier que, en l’année 52, lorsqu'il soumit, à Jérusalem, son enseignement aux. apôtres Pierre, Jacques et Jean, ceux-ci n’y trouvèrent rien à reprendre, et reconnurent que Paul était en parfaite communion avec eux (2).
() Renan. S. Paul, Introduction. A (2) Gaf.ar, 2 6,0:
Avant d'aller plus loin, je dois avertir le lecteur que je n'ai pas l'ambition de lui offrir ici la quintessence de Pesprit de S. Paul, ni de refaire l’œuvre des innombrables théologiens dogmatiqués, mystiques ou casuistes qui ont commenté le grand apôtre. Je veux oublier ce que je sais de leurs écrits et même tout ce que j'ai appris de la religion chrétienne. Je me mets dans la situation d’un homme du premier siècle qui, connaissant seulement les livres sacrés des Hébreux ainsi que l’histoire de ce peuple, et n’ayant pas encore entendu parler du christianisme, lirait les quatre épîtres que M. Havet a notées et chercherait par leur moyen à se faire une idée de la doctrine que préchaïent les apôtres.