DOCTRINE DES ÉPÎTRES AUX GALATES, AUX CORIN- THIENS ET AUX ROMAINS
Les annales de la nation juive nous présentent unesérie d'hommes providentiels : législateurs, prêtres, rois ou prophètes, apparaissant successivement pour la gouverner, la défendre, l’instruire et la corriger. C’est un fait avéré qu’elle attendait un dernier envoyé
de Dieu qui devait surpasser en puissance et en éclat
tous ceux qui l'avaient précédé. D’après S. Paul, ce
Messie est venu (1). Parmi les Juifs, quelques-uns
ont cru en lui, mais un grand nombre l’ont repoussé. S. Paul lui-même partageait leur incrédulité, quand tout à coup, éclairé par une lumière divine, il devint son disciple.
Au moment de sa conversion, le Messie était mort sur la croix (2), et il ne paraît pas lavoir connu de
(1) Gal., iv, 4.
(2ME Cor, 1,128,
son vivant. Le Messie était mort; mais, affirmaient ses partisans, son corps n'avait pas subi la corrupüon | du tombeau :1il était ressuscité. : Depuis, Pierre, — après lui, onze disciples privilégiés, — ensuite, cinq cents. frères ‘assemblés, — puis, Jacques, — enfin, Paul lui-même l'avaient vu dans la gloire (1).
Quel est donc ce personnage qui, dans la mort, a trouvé une vie nouvelle ? C’est un homme issu de la race royale de David (2), un homme choisi entre tous, l’oint du Seigneur, Sauveur de l'humanité, Jésus- Christ (3). Mais en même temps Paul l'appelle Frs de Dieu, non pas de cette filiation adoptive à laquelle participent les justes qui sont dits, dans les livres saints, enfants de Dieu ; il s’agit d'une filiation positive : Jésus est son propre Fils, @es vibc (4). Et, de là, Dieu luimême reçoit une appellation qui devient inséparable de son nom, celle de Père, non plus père des hommes en tant que leur créateur, mais Père de ce propre Fils. Un fils participe à la nature de son père ; etil ne sert de rien que, pour échapper à cette conséquence, les Sociniens, au xvi° siècle, aient essayé d’altérer le verset 5 du chapitre 1x de l’épitre aux Romains (5): il est clair, quänd même S. Paul ne le dirait pas en termes exprès, que le propre Fils de Dieu ne peut qu'être au-dessus de toute créature et Dieu comme son Père» d y mt raviwy Ocsbs ebhoynréc els Tods aicvac. Jésus est donc un Homme Dieu, c’est-à-dire, nécessairement Dieu fait homme.
1) I Cor., xv, 3-8.
2) Rom. 15.
] Gal., an, 135 — II Cor., v, 143 — Rom., vin, 32; x1, 11. 4) Rom., vni, 32.
) En changeant la ponctuation de manière à ne pas appliquer la
PS LS MR TS (ee)
Pour expliquer sa mission en ce monde, S. Paul remonte aux premiers jours de la création tels que les décrivent les livres sacrés des Juifs, à la désobéissance d'Adam et à sa condamnation, entraînant la déchéance de toute sa race. C’est pour expier cette faute et les prévarications qui en ont été la conséquence, c’est pour relever l’humanité de sa chute que le Christ est mort, et ses ennemis qui croyaient, en le tuant, se défaire de lui à tout jamais, n’ont été que les instruments de sa volonté miséricordieuse et de
sa victoire sur le mal et sur eux-mêmes (1). Pourvu
qu'il ait part à son sacrifice, Phomme est redevenu apte à remonter au degré de bonheur et de gloire qui lui était destiné et qui lui est préparé au ciel, car il ressuscitera comme son Sauveur (2). Cette résurrection aura lieu à la fin des temps, lorsque la terre se dissoudra. Jésus-Christ apparaîtra alors dans toute la majesté et la puissance du Fils de Dieu pour juger les hommes. Les mauvais seront condamnés à des supplices éternels, et les bons jouiront de délices sans mélange et sans limite (3).
L’intervalle écoulé entre la chute du premier homme. et la naissance du Christ était la préface de cet avènement que l’on trouve prédit à toutes les pages de la Bible. Par sa vie et parsa mort, le Messie avait clos l’Ancien Testament et remplacé la figure par la réalité(4).
qualification de Dieu au Christ. Mais ce changement est forcé, gauche et inacceptable. Rom., 1x, 5.
(1) 1 Cor., xv, 22, 45, 54, 55; — II Cor., x1, 3; — Rom., V, 12, 10.
(2) I Cor., vi, 14; 1x, 24, 2553 — II Cor.,1v, 14.
(3) 1 Cor., xv, 12-53; — II Cor, v, 10; — Rom.,n, 5-12, 16.
(4) I Cor., xv,3, 4; — Rom., 1, 2; in, 213 xvi, 25, 26, et les nombreuses applications de textes de l’ Ancien Testament au Nouveau dans ces quatre épitres.
Go L’APOSTOLAT DE LA GENTILITÉ
Il laissait un testament nouveau, une loi nouvelle, préparation à son retour glorieux, de sorte que l'Homme Dieu mort et ressuscité est le pivot autour duquel gravite l'humanité dans le passé, le présent, l'avenir, en ce monde et dans léternité (x). /
Pour avoir part au fruit de la rédemption, une condition première est indispensable: il faut être baptisé. Le baptême est un sacrement de mort et de vie. L'homme charnel y doit périr avec les passions qu'il a reçues d'Adam et faire place à l’homme spirituel, né du Christ, dont il cherchera à revêtir toutes les inclinations (2), de telle sorte qu’on puisse dire de lui ce
que S. Paul disait de lui-même : « Je vis, mais ce nest plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en, moi (3).» L'œuvre du baptème est une œuvre de, grâce, c’est-à-dire qu’elle est produite par l’action de Dieu sur l’homme. Elle doit se continuer durant l’exis-
tence entière avec le concours de l’homme, qui ne peut rien cependant sans le secours divin (4). Jusqu'à la fin, dans toutes les occasions, le fidèle travaillera à
détruire en lui l’homme animal et à développer. l’homme spirituel (5). Dans ce combat sans trêve, il
sera aux prises non seulement avec sa nature mauvaise (6), mais encore avec des esprits ennemis qui
tenteront de le réduire. Car la race de l’homme, qui. est chair et esprit, n’est pas seule dans Punivers : y a d’autres êtres purement spirituels, les uns bons, les
(1) Gal., 1v, 24-26; —T Gor., xr, 25; — Il Cor., 11, 6.
(2) Gal., 11, 273 1v, 193 — 1 Cor., u, 16; xu, 1353 — Rom., vi, 38,4.
(3) Gal., n, 20. ÿ
(4) 1° Corsx, 4; xu ax Il Cora, 12 ON NO Es 8, 14; — Rom., in, 24. :
(5)1 Cor., n, 13, 143 — Rom., vu, 24, 25.
(6) Gal., v, 16-24. k
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autres pervers, à l'influence desquels la créature humaine est exposée (1).
Cette assistance divine, on ne l’obtient que par les mérites de Jésus-Christ et la prière. Tout consiste donc à croire en lui, à l’aimer, à suivre ses préceptes, à limiter, à accomplir en lui, par lui et: pour lui toutes les œuvres de justice et de miséricorde. Hors de lui, il n’y a pas de salut (2). « Je ne veux, dit Papôtre, avoir qu'une science, celle de Jésus et de Jésus crucifié (3). » Cest en effet sur la croix que son sacrifice s’est accompli et c’est par ce sacrifice que la vraie, l'unique religion à été consommée. L’homme doit donc embrasser la croix et porter en son corps
les stigmates de Jésus-Christ (4), c’est-à-dire souffrir
pour la vertu et la vérité : les douleurs de ce monde ne sont rien au prix de la gloire qui en sera la récompense (9).
Dans ces conditions, on pourrait croire que l’âme du fidèle est pleine de trouble et de tristesse. Il n’en est rien; au milieu des persécutions, des luttes, des souffrances, il jouit de la joie et dela paix (6). Cest que, pour le soutenir et le consoler, Jésus-Christ lui a laissé une nourriture céleste. « La nuit même qui précéda sa mort, il prit du pain et, rendant grâces, le rompit, disant : « prenez et mangez, ceci est mon « corps qui va être livré pour vous... » I prit aussi,
(1) CO E 3/1 19, 20% 721 COP:S IV, Ov) D NAN Or VIL, DE, 10; IS TO RD MU Or SR LE VIS 155 VI 980 x, Th É0/S) XIE:
GO SR aO Ne ee PCOP AVS 10 VI: 196 KI 1,25 XVI, 22; — LE Côr. vb = RoNv AL" 22, 297 ay, 245 29 VO: V; 13, 10, 18, 19:
(3) L'Cor.,u, 2
(eGal,, VAT.
(5) Rom., vut, 18.
(6} Gal, v,22; — II Cor., iv, 45 V1, 10; XI, 1, —'Rom,, XIV, 17.
après le repas, un calice et dit : « ceci est le Nouveau
Testament en mon sang; » buvez en mémoire de moi (1). Le fidèle reçoit de plus communication de l’Esprit même de Dieu, qui habite en lui, fortifiant son infirmité, s’unissant à sa prière, le remplissant de lumière, de force et de douceur (2). |