‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 26 sur 85 · Y A-T-IL EU UNE LÉGENDE DU CHRIST · texte numérisé non relu

Y A-T-IL EU UNE LÉGENDE DU CHRIST

L'étude des quatre morceaux, dont M.Havet regrette la brièveté, nous fournit, on le voit, bien des rensei-

gnements sur l’état de la doctrine, de la discipline, des

mœurs des Chrétiens, à un moment donné, très rapproché du commencement de ce grand mouvement

(tr) Gal TT 70

(2) — 11, 5. — I Cor., n, 4. — II Cor., xIt, 12.

(3) 1 Cor., vu, 9; xv, 8; — II Cor., xn, 7. - (4) Gal., ur, 2.

(5) II Cor., xu, 1-4.

(6) Gal., u, 19, 20.

(7) 1°CoP Sur.

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religieux. Ce moment n’en est séparé, comme on l’a

remarqué plus haut, que par un intervalle de vingt

années. Si nos épiîtres ne nous apprennent pas tout..

du moins elles nous indiquent l'essentiel et, quand

elles demeureraient seules, leur témoignage suffirait à

démontrer que l’Église avait un enseignement précisé

et une organisation définie en l’année 54. Quelen fut le

, point de départ? L’apôtre ne nous laisse aucun doute

à ce sujet : c’est l’affirmation que Jésus est le Fils de

4 Dieu, qu’il est mort pour la rédemption des hommes et

à qu’il est ressuscité. Or la divinisation du Christ, que

M. Renan prétend avoir un caractère légendaire, date

du lendemain même du supplice de la croix, puisque

c'est à cause d’elle que les Juifs poursuivaient les apô-

tres et leurs adhérents, c’est elle qui excitait l’animo-

sité de Paul lui-même et sa conversion consista à la reconnaitre après l'avoir repoussée.

Il suit de là que la légende du Christ dans son état le plus avancé,comme dit M. Renan, n’a pas attendu, pour se former, le temps requis pour l’incubation de ce genre de productions et que les choses ne se sont point passées ainsi que l’affirme la nouvelle école. Prenons un terme de comparaison :les annales mêmes de la France nous montrent un homme,un empereur, Charlemagne, auquel on a fait deux personnalités, l’une réelle et incontestablement historique, l'autre légendaire. Celle-ci se développe dans toutun Le ensemble de traditions et de chansons de geste, et c’est elle surtout que le Moyen Age a connue. M. Gaston

Paris en a étudié le développement dans un curieux et - intéressanttravail sur l’histoire poétique de Charlemagne.Nous y voyons l’imagination populaire amplifiant

peu à peu les faits, les surchargeant de détails apocryphes et merveilleux et arrivant ainsi à créer, deux siècles après sa mort, une figure grandiose en qui se résument les aspirations religieuses, poétiques, militaires de toute une époque. Mais, si nous remontons aux témoignages directs laissés par les contemporains,

la vision énorme disparaît et nous nous trouvons en.

présence d’un homme dont le caractère et les actes sont nettement caractérisés, qui mérite assurément d’être compté parmi les plus intelligents, les plus valeureux, les plus puissants des princes qui aient jamais tenu l’épée et le sceptre, mais enfin d’un homme comme les autres. L’éloignement seul lui avait donné des proportions colossales et presque surnaturelles. Voilà bien la double idée que les nouveaux exégètes voudraient nous faire concevoir du personnage de Jésus : simple prophète de près, dieu de loin. Mais entre les deux il y a une différence capitale. Au lieu de nous exposer d’abord, comme pour Charlemagne, uniquement ce qu’il y a d’humain et d'ordinaire dans le Christ, les premiers documents contemporains, les seuls authentiques, suivant M. Havet, mettent du pre-

mier COUP l'extraordinaire et le surhumain en pleine

lumière. Tout ce tableau de faits qui vont s’exagérant et se transformant dans la mémoire des hommes pour aboutir, vers la fin du premier siècle, à une légende à laquelle les évangiles auraient donné sa forme définitive, n’est qu’une composition imaginaire, tracée en apparence d’après une méthode scientifique : la réalité y contredit absolument.

Je n’entends pas, je le répète, entrer ici dans la discussion du fond même de la doctrine chrétienne. Il

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