RÔLE SURNATUREL DE JËSUS, FILS DE DIEU ET SAUVEUR
Mas il y a autre chose dans les épiîtres de S. D Paul . il y a une affirmation sur laquelle il revient à + tout propos, qui est le motif de sa foi, de son abné- gation, de sa vertu, de son dévouement surhumain,
et cette affirmation est que Jésus est le Sauveur des hommes. Cest là un point essentiel que les réforma- - teurs de l’exégèse, et notamment M. Renan, laissent dans l'ombre, et qui cependant, dans l’enseignement de l’apôtre, brille comme un phare éclatant. Le salut, voilà en quoi consiste la religion nouvelle, voilà ce ‘0 qui fait l'originalité de la mission et de la doctrine : du Christ, voilà ce qui la met hors de pair, ce qu'aucun Æ législateur, aucun conquérant, aucun philosophe, aucun . homme enfin n’a jamais eu la présomption d'apporter à l'humanité et que Jésus, d’après l’apôtre, tient dans sa main. Il n’aqu’à l'ouvrir, et aussitôt se répandront sur la terre le pardon, la paix, les dons spirituels, la grâce en un mot. | __ S. Luc aussi met bien en Jumière ce caractère 4 de S'auveur. Il nous montre le Christ, au début de sa prédication, se présentant à la synagogue de Nazareth. Jésus se lève pour faire la lecture dans les livres saints. On lui donne les prophéties d'Isaïe, il déroule le manuscritet s'arrête à ce passage : « L'esprit du Seigneur
« voyé prêcher aux pauvres la bonne nouvelle, guérir
« ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux caplifs la « rédemption, aux aveugles la vue de la lumière, aux « opprimés la liberté, publier l'année de grâce du Sei- «gneur et le jour de la rétribution. » Après avoir lu, il replie le livre, le rend au ministre et s’assied. Tous, dans la synagogue, avaientles yeuxfixés sur lui. Alors,
reprenant la parole, il ajoute : « Aujourd’hui, cette
« écriture que vous venez d’entendre est accom- « plie (1).
Pour S. Paul, nous l'avons vu, Jésus-Christ ; Sauveur des hommes, est le propre Fils de Dieu, toc v'és (2). Or voici le langage que S. Luc met dans sa bouche : « Tout m’a été livré par mon Père. Et
personne ne saït quel est le Fils sinon le Père, ni quel est le Père sinon le Fils et celui auquel il a plu au Fils
de le révéler (3). » Nous sommes ici en présence du
Fils même de Jéhovah, égal en intelligence à son Père et participant à sa puissance infinie.
Il faut convenir que l'attribution à une créature de qualitésdivines, jointes à la mission de Sauveur, fournit 11 matière d’une religion, je dirai même de lareligion par excellence, celle-ci étant Le l'en entre la divinité et humanité: cet être privilégié les réunit toutes deux dans sa personne. Et lorsque ses apôtres n’annonceraient que sa venue, cela suffit; car il est à lui seul
toute religion: il n’y a plus qu’à Padorer et à lui obéir.
Ses préceptes, quand ils ne feraient que reproduire des maximes déjà connues, prennent, en passant par
(1) Luc, 12, 106 21:
(2) Rom., vin, 32.
(3) Luc, x, 22.
RE dons Er
; A M Et PE D TETE RES à DE PO POS MRC VEN CPE A ne TU tot ES CE GS DÉBUT, DIEU Site niet]
. sa bouche, une autorité que celles-ci n'avaient pas; ses exemples ont une force irrésistible, ses promesses sont infaillibles, son secours est souverain. Il a voulu naître dans le judaïsme et le pratiquer, mais il est le maître du judaïsme. « Est-ce que le Fils de l’homme, dit-il, ne dispose pas du sabbat à sa volonté (1)? » On comprend alors ce que nous trouvions d’inexplicable dans les causes de sa mort. Il ne restait en effet aux Juifs, s'ils ne s’inchinaient pas devant lui, qu’à l’accuser deblasphème dans l’assemblée du sanhédrin : « Est-ce que tu es le Fils de Dieu ? lui demandent ses juges. — Vous le dites. -— Qu’avons-nous besoin de témoignages? Nous l’avons entendu nous-même de sa bouche (2). » |
Que Jésus soit le Sauveur des hommes et le Fils de Dieu, voilà deux faits, réels ou supposés, qui sortent absolument de l’ordre de la nature. S. Luc les affirme comme 5. Paul. Nous avons vu en outre que, d’après ce dernier, la naissance, la prédication, la mort, la résurrection du Messie avaient été prédites plusieurs siècles auparavant par une succession de prophètes, fait non moins miraculeux que les précédents (3). Nous allons maintenant examiner les circonstances de ces événements dans le récit de S. Luc, non point, je le répète, pour en établir la vérité ou la fausseté, mais pour constater si elles y sont telles qu’on devait le pressentir d’après les allusions de S. Paul. Sur cette comparaison, nous jugerons si l'Évangile de S. Luc peut être regardé comme con-
(1) Luc, vi, 5.
(2) — xx, 70, 17- (8) Rom. 240 2r;- 7 Cor.,;xv; 3,4.
temporain des épîtres aux Romains, aux Corinthiens et aux Galates, ou s’il faut en rejeter la rédaction à une époque postérieure.
Au commencement de l’épître aux Romains (1), l’apôtre des Gentils énonce que Jésus, fils de Dieu, lui est né, selon la chair, de la race de David. Or S. Luc raconte que, suivant une prophétie d’[saïe, une vierge, épouse d’un descendant de ce roi, l’a concu directement de Dieu, sans l'intervention d'un homme (2). Cette naissance est detout point miraculeuse; mais il faut convenir que, étant données les deux natures qu’il s'agissait d’unir en un seul être, on ne pouvait trouver de moyen plus approprié. M. Renan ne veut reconnaître aucune valeur historique à la partie de l’évangile qui annonce ce prodige. Si, par valeur historique, 1l entend la créance que les deux premiers chapitres de $S. Luc méritent, nous laisserons le débat s’agiter entre ceux qui admettent la possibilité du miracle et ceux qui la repoussent. Il reste néanmoins pour ces derniers une question, historique aussi, qui a bien son importance: celle de savoir comment, à un moment donné, la primitive Église expliquait la
naissance charnelle du Fils de Dieu; et le texte de
(D) Rom. rss.
(2) Luc, 1, 30-35. — Je ne m'arrête pas à l’inexactitude reprochée à S. Luc au sujet du dénombrement de Quirinius (Luc, nm, 1-3). Avons-nous bien, sur tous les faits et gestes des Romains, dans Fi contrées et à une époque aussi éloignées, des renseignements assez complets et assez sûrs pour nous montrer si tranchants ? M. Renan, dans sa mission de Phénicie, a lui-même reconnu qu’on s'était trop pressé de rejeter les indications de l’évangéliste sur Lysinias (Vie de Jésus, xmi, Lxxxiv; Les Évangiles, p. 363.) D'ailleurs, cette erreur, que S. Luc, cinquante ou quatre-vingts ans après l’événement, l'ait commise luimême ou l’ait reproduite d’après les mémoires qu'il compilait, en quoi, si elle existe, peut-elle influer sur l’authenticité de la relation des actes et des paroles du Christ et sur la fixation dela date à laquelle l’apôtre la composée ?
Ph
S. Luc la résout de la manière la plus concordante avec l'affirmation de S. Paul, dans les quatre épîtres que nous avons étudiées précédemment et qui datent de vingt années après la mort du Christ. Et cette explication remontait nécessairement à la première heure de la prédication des apôtres, comme nous l’avons démontré dans le chapitre précédent, en établissant que, au lendemain de sa passion, ils annonçaient sa divinité. Ce n’est pas l’intervention d’un ange dans le récit de l’incarnation qui, à ce point de vue, affaiblira
Vautorité du récit de S. Luc ou nous obligera à en avancer la date, puisque S. Paul admet l’immixtion des anges dans les affaires humaines relatives à la religion.
Au tableau de l’incarnation du Christ est Joint celui de la conception d’un enfant destiné à devenir le dernier des prophètes et à marcher devant lui comme un héraut pour proclamer l’accomplissement définitif des
promesses de Dieu. Les prodiges qui accompagnent
cet événement ne diffèrent pas de ceux que les livres juifs racontent dans des circonstances semblables. Tout l’ensemble est d’ailleurs dans la logique de cette
histoire surnaturelle, etles détails du service de Zacha- rie dans le temple se rapportent à un moment où cet édifice était encore debout et où toutes les cé-
rémonies du culte mosaïque y étaient observées (tr). M. Renan, qui semble s’acharner à vouloir détruire les traditions chrétiennes, même les plus indifférentes à l'essence de la doctrine, se donne la peine de réfuter celle qui a si heureusement inspiré un grand nombre
l1) Luc, 1, 5 25, 39-80.
d'artistes, auteurs de ces charmants tableaux où l’on voit le Messie enfant jouer avec son précurseur, peine bien inutile, du reste, car on n’a jamais prétendu l’ap-
puyer sur un texte. Elle est tout entière tirée de la vraisemblance, qui subsiste, malgré l’assertion contraire de M. Renan. En effet, sur quoi se fonder pour soutenir que Marie n’était pas parente d’Élisabeth, comme
le dit S. Luc? Et, si elle était sa parente, quel obsta-
cle l’aurait empêchée de la visiter pendant sa grossesse et après, pendant la première enfance de Jésus et de Jean? Quelle difficulté ces faits si simples et si ordinaires peuvent-ils présenter?