MIRACLES DE JÉSUS
Nous avons vu le Christ déclarer, au début de sa
prédication, qu’il était le Sauveur des hommes an-
noncé par les Écritures. Cette affirmation demandait nécessairement une preuve. Et quelle pouvait être cette preuve? S. Paul nous lapprend : « les Juifs, dit-il, veulent des miracles (1). » Aussi S. Luc nous montre-t-1l Jésus manifestant tout d’abord sa puissance surnaturelle.Il place à Capharnaüm ce premier prodige. Le Maître est dans la synagogue, un jour de sabbat, et il enseigne. Ses auditeurs s’étonnent de sa doctrine et de l’autorité avec laquelle il parle. Tout à coup, un cri s'échappe de la poitrine d’un homme possédé de l’esprit immonde, et l’on entend ces mots : « Laisse-nous; que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu nous perdre? Je sais quitu es:
tu es le Saint de Dieu. » Alors Jésus le gourmande
(1) I Cor., 1, 22.
re
LE RE Fee 4 4:
et lui dit : « Tais-toi et sors de cet homme. » . Aussitôt le démon, jetant celui-ci par terre, sort de lui et cesse de lui nuire. L’effroi s'empare des assistants; ils se disent .entr’eux : « Qui peut parler ainsi? Quoil il commande avec autorité aux esprits immondes et ils obéissent ! » — En sortant de la synagogue, Jésus se rend dans la maison de Simon. Une grande foule s’y rassemble, au coucher du soleil. On amène des possédés au Maître qui leur impose les mains,etles démons sortent de leurs corps, criant à haute voix : « Tu es le Fils de Dieu. » Et lui leur interdit de parler et de dire qu'il est le Christ (1).
__$. Luc raconte plusieurs prodiges du même genre : la délivrance d’un enfant que le démon mettait en pièces (2), l'expulsion d’un mauvais esprit qui rendait un homme muet (3) et le fameux miracle de Gérasa (4). Ce dernier est la pierre d’achoppement des nouveaux exégèles, leur délicatesse en est blessée; M. Renan trouve qu'il déshonore l’évangile. IL est certain qu’il choque nos sentiments modernes. Mais l'esprit du xix* siècle n’a rien à voir avec celui du premier, et force est de reconnaître que le fait en question porte la vive empreinte de la nation, du temps, du pays où le place S. Luc. Il s’agit, on le sait, d’un démoniaque qui, possédé d'un esprit immonde, vivait tout nu dans un tombeau. On l'avait vainenement attaché avec des chaînes ; il avait rompu ses liens et s’était enfui dans le désert. Il se précipite au-
(1) Luc, 1v, 33-41.
(4) Ou Gergésa,
devant de Jésus, se prosterne à ses pieds et s’écrie à haute voix : « Que me veux-tu, fils du Très-Haut? Je t’en supplie, ne me tourmente pas. » Le Christ lui ordonnait de sortir de sa victime. Il linterroge alors : « Quel est ton noi ? — Je m'appelle Légion. » Toute une troupe de diables était entrée dans cet homme, di! l’'évangéliste. Ces démons conjurent le Maître de ne pas les renvoyer dans l’abîme. Or il y avait là un grand troupeau de porcs qui paîssaient sur la montagne. Ils lui demandent de leur permettre d’entrer dans ces animaux. Jésus y consent. Les démons sortent aussitôt du possédé, passent dans les porcs qui, emportés comme par un tourbillon, se jettent du haut des rochers dans le lac. Les Géraséniens, pris de frayeur, viennent en foule trouver Jésus pour le prier de quitter leur pays, et le Christ, remontant sur la
barque qui l'avait amené, s’en retourna en Galilée (1).
— Il est bien certain que ce miracle ne devait pas déplaire aux Juifs. Le porc était pour eux un animal immonde, digne d'être livré en proie aux démons. Ge n’est pas eux qui se seraient apitoyés sur le tort causé par la destruction de ce troupeau à un peuple païen, usurpateur d'une terre jadis échue en partage à Esraël. Ces sentiments éta'ent ceux des apôtres, la démarche des Gérasfniens afin d’éloigner Jésus n’était pas faite pour les intéresser en faveur de gens qui préféraient leur bien temporel à une grâce aussi précieuse que la
présence du Fils de Dieu. On a peu de goût aujour-
d’hui pour tout ce qui tient à la démonologie. Il n’en était pas de même alors, et S. Paul en particulier
(1) Luc, vin, 26-39.
À ai
exprime formellement sa croyance dans la puissance du diable. Il déclare qu’il est l’objet des attaques directes d’un ange de Satan, dyyehos Daräv va pe xohaottn (1) ; il prémunit les fidèles contre les embüûches du démon (2) et souhaite que le Dieu de paix écrase au plus tôt l'ennemi sous leurs pieds (3). Voilà qui est tout à fait dans l'esprit des récits de S. Luc. | Mais l’évangéliste rapporte d’autres manifestations du pouvoir divin de Jésus. Peu de temps après le premier miracle opéré dans la synagogue de Capharnaüm, le Maître était assis dans une maison de cette ville et enseignait. Des pharisiens et des docteurs de la loi, venus pour l'entendre de tous les points de la Galilée, de la Judée, de Jérusalem, formaient cercle autour de lui. Surviennent des hommes qui portaient un paralytique couché sur un lit. Ne pouvant pénétrer dans la salle à cause de la foule qui obstruait l’entrée, ils. montent sur le faite de la maison, démolissent la toiture et descendent par des cordes le lit aux pieds de Jésus. Touché de leur foi, 1l dit alors au paralytique : « Homme, tes péchés te sont remis. » Les scribes et les pharisiens se demandent aussitôt: «Quel est celuici qui blasphème ainsi? Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? » Jésus leur répond : « Quel est le plus facile de dire : tes péchés te sont remis, ou : lève- toi et marche? Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, écoute, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit et va-t-en dans ta maison. » Et, à l’instant, le
() IT ee xu, 7.
(2}E Cor. vu, 5; It Cor; 1 41:
(3) Rom., xVI, 20.
paralytique se leva devant eux, prit le lit sur lequel
il gisait et s’en alla dans sa maison, louant Dieu (r).
En guérissant les corps, Jésus démontre qu'il a le pouvoir de guérir et de sauver les âmes. C’est le genre de prodiges qu’il a choisi pour manifester sa mission divine, parce qu’il est la figure de son œuvre spirituelle. On le voit ainsi rendre la santé à plusieurs lépreux (2), au fils d’un centurion (3), à lafille du chef de synagogue Jaïre (4), à un hydropique (5), —la vue à un aveugle, à Jéricho (6), — le mouvement à un homme qui avait une main desséchée (7) et à une femme dont l’échine était courbée jusqu’à terre (8), — la vie au fils de la veuve de Naïm (9).
Otez cette qualité de Sauveur à Jésus et ses effets
miraculeux, et il faudra supprimer les scènes les plus touchantes de l’évangile. Pourquoi la pécheresse lui baigne-t-elle les pieds de ses larmes et les essuie-t-elle de ses cheveux, après les avoir oints des plus précieux parfums, si ce n’est pour obtenir le pardon de ses péchés (10)? Que resterait-il de l'épisode de Zachée, si l’on en retranchait ces paroles : « Aujourd’hui, le salut est descendu sur cette maison. Le fils de l’homme est en
effet venu chercher et sauver ce qui périssait (11).» Et:
les paraboles du bon pasteur et de l’enfant prodi-
(tj Luc Ve 27,30: