PUISSANCE ET HUMILIATION DU CHRIST
Il y a, en effet, dans la vie miraculeuse du Christ
racontée par S. Luc, un mélange de puissance et de faiblesse, de grandeur et d’abaissement qui déroutait les Juifs. Aïnsi, sa naissance est annoncée par des messagers célestes, mais ceux qui viennent à leur appel le trouvent couché dans une étable; il ressuscite les morts et dompte les démons, mais il se dérobe par la fuite aux attaques de ses ennemis ; au moment où il se laisse saisir par eux, il manifeste son pouvoir en guérissant la blessure d’un serviteur du grand-prêtre et, lorsque, mis en croix, il est insulté et défié par ses ennemis, 1l expire sans les confondre, mais le voile du temple se déchire, le soleil s’obscurcit, la nature
entière est en deuil de sa mort et le centurion de garde
sur le lieu du supplice s’émeut et proclame la sainteté de celui qui meurt là sur le gibet.
(1) LUC AIN, T-r8 (2) — 1v, 22,
RON Me D LOS CT ONE)
Le Christ ne cherche pas un hommage forcé. C’est sur la foiet l’amour qu'il veut fonder son empire et non sur la terreur et l’éblouissement. Quand ses dis-
ciples lui demandent de faire descendre le feu du ciel
sur une ville de Samarie qui les avait repoussés, il refuse, parce que sa mission n’est pas de perdre, mais de sauver. Et si, dans le réeit de S. Luc, il accomplit quelqu'un de ces prodiges aimés des Juifs qui prouvent d’une manière éclatante qu'il est le maître de la nature, ce n’est pas en présence de contradicteurs, mais de croyants. La multiplication des pains a lieu devant une multitude fidèle qui a tout quitté pour le suivre au désert; lorsqu'il commande à la tempête, iln’y à pas d’autres témoins du miracle que les Douze. Pour se montrer dans sa gloire sur le Thabor, il fait même un choix parmi ces derniers, et il se transfigure seulement devant Pierre, Jacques et Jean. Enfin, après sa mort, au lieu d’apparaître ressuscité sur la place publique, ou dans le temple, ou devant le sanhédrin assemblé, il ne se manifeste qu'à ses disciples. | |
Ce double caractère de puissance et d’humiliation éclate surtout dans la transfiguration dont nous parhons tout à l'heure. Pendant qu’il prie sur la mon-
tagne, l'aspect de son visage change, ses vêtements
deviennent resplendissants de blancheur; Moïse, personnifiant la loi, et Élie, le type du prophète, paraissent pleins de majesté à ses côtés et conversent avec
lui. Et quel est leur entretien ? Ils parlent de la pas-
sion que Jésus doit souffrir à Jérusalem. Nulle part le contraste n’est aussi flagrant, la gloire divine et le supplice de la croix sont mis en regard l'un de lau-
tre pour bien marquer que l’opprobre de cette fin sanglante est voulu (1).
Si Jésus-Christ est mort, dit de son côté S. Paul, c’est afin d’expier nos péchés par leffusion de son sang et pour nous réconcilier avec Dieu (2). M. Havet avait remarqué que les épîtres aux Galates, aux Romains et aux Corinthiens ne nous fournissaient aucun détail sur la biographie du Sauveur. Quand on
a lu l'Évangile de S. Luc, ce silence n’a rien qui.
étonne, la vie du Fils de Dieu n’est pas fertile en évéments. Il estné pour ‘enseigner aux hommes la voie du salut, et ilest mort pour racheter leurs péchés, voilà tout. Nous avons noté que l’apôtre nous donne sur sa naissance une indication précise, confirmée et amplifiée par l’évangéliste, et que,quant à sa mort, il répète jusqu’à onze fois qu'il a été crucifié. S: Paul nous apprend en outre que Jésus, pendant la nuit qui précéda son supplice, réunit ses apôtres dans un dernier et solennel repas, qu'il y institua PEucharistie et qu'il fut ensuite livré à ses ennemis par trahison. Il expire en croix, est enseveli, et sort vivant du tombeau. S. Paul énumère ses apparitions à la suite de cette résurrection miraculeuse.
5. Luc fait des derniers jours de Jésus-Christ le récit le plus circonstancié qui développe, sans les con-
tredire, les renseignements brièvement formulés dans
les épîtres. On a déjà remarqué qu’il parle de la consécration du pain et du vin dans les mêmes termes
. . , ‘ \ À + que S. Paul. Aïnsi que ce dernier, il mentionne di-
(1) Luc, 1x, 28-36.
(2) Rom., 11, 25; 1v, 253 v, 6-105 — aa I, 43 —TICor., XV, 3; IL Cor,, v)"1,
verses manifestations de Jésus après sa résurrection ;
il passe cependant sous silence l'apparition à S. Jacques, qu’il n’aurait certes pas oubliée si, comme le prétend la nouvelle école exégétique, il n’avait écrit
l'Évangile et les Actes qu’en vue de concilier les deux grands partis ennemis qui, sous la conduiterespective du parent du Seigneur et de l’apôtre des Gentils, auraient troublé l'Église dans les premiers temps de sa fondation. Après avoir ordonné à ses disciples de prêcher à tous les peuples, en commençant par les Juifs, Judæo primum et Græco, dit S. Paul, la pénitence et la rémission des péchés, il leur annonce qu'il leur enverra un don céleste qui les revêtira de la vertu d’en haut et, les bénissant une dernière fois, il s’élève devant eux dans le ciel et disparaît (1). |