‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 37 sur 85 · CREME · texte numérisé non relu

CREME

(4) Luc, xix, 41-443 xx1, 12-24.

(5) — xx1,:5,6. UE

(6) — 1x, 22; x1, 29,30 ; xin, 33; xvan, 31-33; xxn, 31,37.

elles étaient réalisées au moment où l’apôtre écrivait | et elles ne sauraient plus faire difficulté pour la fixa-" tion de la date de son ouvrage; les autres concernent des événements ultérieurs à l’an 63 ; de ce nombre est celle que nous venons de mentionner, et aussi l’annonce de la fin du monde et du dernier avènement de Jésus-Christ (1). Le jugement suprême et la catastrophe finale sont encore à venir; on n’a donc pas à les discuter non plus. Reste la prophétie relative à la : nation juive, à sa capitale et à son sanctuaire que les événements ont depuis confirmée.

Jésus, venant de Béthanie, approche de Jérusalem. Au moment où il va descendre le mont des Oliviers, ses regards s’arrêtent sur la ville qui couronne la montagne en face de lui; tout à coup il verse des larmes et s’écrie : « Ah! si tu savais aussi, toi, en ce Jour, ce qui te donnerait la paix; mais cela est maintenant caché à tes yeux. Car des jours viendront pour toi où tes ennemis t’environneront de tranchées et te bloqueront étroitement, et t’'enserreront de toutes parts, et te renverseront par terre ainsi que tes enfants, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre,parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée.» Et, quelques jours après, considérant le tem-. ple, il dit aussi de lui : « Il viendra un jour où il n’en restera pas une pierre qui ne soit anéantie. » Interrogé par ses disciples, il leur donne alors des indications circonstanciées sur la destruction de la ville, le massacre des Juifs, la dispersion des survivants dans le monde entier et la suppression de leur nationalité.

(:) Luc, xx1, 7-11, 25-34,

M. le pasteur Nicolas, qui n’admet pas que la prophétie soit possible, regarde en conséquence le passage que nous venons de citer comme apocryphe, et ce. jugement l’entraîne à reporter après la prise de Jérusalem la composition des deux ouvrages de S. Luc: Ævangile et Actes des apôtres (1). Cependant il n’est pas aussi sévère pour l'Évangile de S. Mathieu, qui contient une prédiction assez semblable (2); celle-ci lui paraît antérieure à l’événement. La raison qu’il en donne est qu’elle est plus vague et a plutôt le caractère d’une conjecture. Un observateur attentif, considérant l’état de surexcitation

dans lequel vivaient habituellement les Juifs, devait en

effet craindre quelque révolte, suivie d’une répression

sans pitié et peut-être de l’anéantissement du foyer

de la rébellion. Ce n’est donc pas le fond même de l’annonce qui loffusque, mais les détails. Il était facile, pour transformer la conjecture en prophétie,

de les intercaler après coup dans le texte. On a usé

fréquemment de ce procédé pour la transmission par voie manuscrite des ouvrages les plus divers. Comme la date et l'authenticité de l’ensemble des écrits de S. Luc sont solidement établies d’autre part, il n’est pas permis d’incriminer tout l'ouvrage, et le passage suspect, dans l’ordre d’idées où se place M. Nicolas, mériterait seul d’être rejeté. — Notons, en passant, un fait assez curieux : deux fois déjà les Israélites avaient été emmenés en captivité, mais ils étaient parvenus à se reformer en corps de nation ;

| l’auteur, apocryphe suivant M. Nicolas, dit que les

(1) Nicolas, Études critiques. Nouveau Testament, p. 7-11. (2) Matth., xxiv, 1-44.

Juifs seront dispersés parmi tous les peuples et que Jérusalem sera foulé aux pieds par les Gentils jusqu'au jour où le temps des Nations sera révolu. Nous avons encore ce spectacle sous les yeux: l'interpolateur s’est trouvé bon prophète.

S. Paul ne fait aucune allusion, dans les épitres aux Galates, aux Corinthiens et aux Romains, à la chute prochaine de Jérusalem. On n’en peut donc rien ürer pour savoir ce que pensait la société chrétienne de l’avenir de cette ville et de son temple. II considérait la mission divine d’Israël comme terminée. L’épitre aux Romains est tout entière consacrée à développer cette idée que le peuple juif est maintenant repoussé de Dieu et que les Nations sont appelées à prendre sa place. Il est clair que, dans ce système, le temple et son culte devaient s’effacer. L’apôtre des Genils ne dit nulle part que la cité sainte soit marquée pour devenir le siège de la religion nouvelle : Jérusa-

lem est tout à fait étrangère à ses préoccupations.

Pourquoi cette indifférence pour une question aussi capitale? ch

Dans le récit qu'il nous à laissé de la lapidation de S. Etienne, le rédacteur des Actes des apôtres nous apprend que ce martyr était accusé d’avoir parlé contre le lieu saint et contre la loi, et qu’on lui repro-

chait d’avoir prétendu que Jésus-Christ détruirait

le temple et changerait les traditions de Moïse (1). Rien n’est plus vraisemblable. Si l’on songe en effet que les Chrétiens, comme l’atteste S. Paul, croyaient que Jésus-Christ, Fils de Dieu, était le Messie promis

(1) Act., vi, 11-14.

É Fe

à Israël, le Messie en vue duquel les descendants

d'Abraham avaient été, entre tous les peuples, Pobjet

d’une élection divine, et qu’Israël l’avait repoussé et mis à mort, on doit eninférer que cette pensée ne pouvait se présenter à l’esprit des fidèles sans celle d’un châtiment terrible pour cette nation ingrate et déicide, plus terrible qu'aucune des calamités subies par elle: dans le passé. Le seul moyen pour elle d’y échapper était de se convertir. Cette conversion, Jacques etl’Église de Jérusalem, groupés autour du temple, la provoquaient instamment par leurs prières, leurs prédications, leurs exemples, unissant tous leurs efforts pour sauver ce que S. Paul, dans lépitre aux Romains, appelle, avec le prophète Isaïe, les restes d'Israël. Lorsque l'heure de la catastrophe approcha, les Chrétiens s’enfuirent de la ville dont ils pressentaient le châtiment.

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