AUX THESSALONICIENS
Dans les deux épîtres aux Thessaloniciens il est traité de la résurrection des morts. S. Paul en parle aussi dans la première lettre aux Corinthiens (1). Les
(1) l'Gor: x:
Chrétiens, y dit-il, ressusciteront après leur mort
comme le Christ est ressuscité. En un moment, en un
clin d'œil, au son de la dernière trompette, les morts se réveilleront incorruptibles. Après, viendra la fin : toute principauté, toute domination, toute puissance sera anéantie et le règne de Dieu commencera.
Dans la première épître aux Thessaloniciens (r), l’auteur ne veut pas que les Chrétiens s’affligent pour ceux qui dorment, comme font les infidèles qui n’ont pas l'espérance. Les vivants ne préviendront pas les morts dans la résurrection. Le Seigneur, à appel de l’archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel. Alors ceux qui sont morts ressusciteront les premiers, ensuite les vivants seront enlevés sur les nuées ; ils iront dans les airs au devant du Christ et demeuront éternellement avec lui. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur nocturne. Au moment où les hommes vanteront leur paix et leur sécurité, une ruine soudaine se précipitera sureux, comme, sur la femmegrosse, la douleur de l’enfantement, et nul d’entr’eux n’échappera.
Rapprochons de-ces passages de la première aux Corinthiens et de la première aux Thessaloniciens la description que fait S. Luc (2) du dernier avènement du Fils de l'homme: au milieu du bouleversement de l’univers, de troubles effrayants dans le soleil, la lune et les étoiles, du soulèvement des mers, elle nous montre Jésus-Christ apparaissant sur les nuages, armé de la toute puissance et revêtu de la majesté divines. Ce jour, dit l’évangéliste, fondra subitement
(EL Thess,aiv;/ 14117:
(>) Luc, xx1, 25 36,
sur les hommes, semblable à un filet qui serait jeté sur la surface de la terre. On voit que tout cela concorde parfaitement et que, de ce chef (et c’est le seul point qui fasse question dans la première lettre aux Thessaloniciens), on ne peut rien objecter contre l’authenticité de cet écrit. | |
La seconde épître à la même Église contient des indications qu'on ne rencontre pas dans les morceaux que nous venons de citer. Le Seigneur Jésus, y est-il dit(r), descendra du ciel avec les anges etil Livrera aux flammes les hommes rebelles à l’évangile. Ils expieront leur infidélité dans des peines éternelles, loin de la face de Dieu qui sera glorifié dans ses saints. Mais cela n’arrivera qu'après l’apostasie d’abord, ärocrasia reürev, et, en second lieu, après la révélation de l’homme de péché, le fils de perdition, à &6pwros 1. durprias, à vièstns àrwAeas, l'ennemi de toute religion, qui se mettra au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, qui s’assoiera dans son temple, se donnant pour Dieu lui-même. Déjà s’opère dans l’ombre ce mystère d’iniquité, et il se produira en son temps; le fils de perdition régnera par l’opération de Satan, sera tout puissant, fera des miracles et des prodiges menteurs et séduira ceux qui n’ont pas l'amour de la vérité. Le Seigneur Jésus l’exterminera du souffle de sa bouche et l’anéantira par l'éclat de sa gloire.
L'idée de lapostasie générale se trouve dans S. Luc (2), qui rapporte ces paroles de Jésus : « Quand le Fils de l’homme viendra, pensez-vous qu’il trouve de la foi sur la terre ? » S. Paul, dans l’épitre aux
(GYIT IT hess;;, 1-rre (2) Luc, xvnt, 8.
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Romains (1), semble y faire allusion quand il menace les Gentils, s'ils ne restent pas fermes dans la foi, du même châtiment que les Juifs qui ont'été rejetés à cause de leur incrédulité. Mais l’homme ennemi est mentionné ici pour la première fois.
Cest sans doute l’Antéchrist dont il est parlé avec plus de développement dans l’Apocalypse. Comme on plaçait jusqu'ici la composition de ce dernier livre à la fin du premier siècle, on a voulu conclure du rapprochement que la seconde épître aux Thessaloniciens avait été composée vers l’an 95. M. Renan propose une date nouvelle pour l'A pocalypse (2) : illa met en l’an 68 ou 69. Dans cette hypothèse, 1l n’y aurait aucune raison pour retarder lPapparition de la lettre aux Thessaloniciens.L’idée del’Antéchrist est d’ailleurs in-
: hérente au fond même de la doctrine chrétienne qui
met en opposition le Christ et le monde asservi à la domination de Satan. M. Renan le reconnaît et suppose que cette tradition a dû prendre corps au temps de Caligula. ILest bien certain que PF Apocalypse en parle comme d’une croyance déjà admise dans l’Église. Elle était donc née avant cette prophétie, et nous n'avons pas le moindre indice qui nous permette de fixer son origine après plutôt qu'avant la mort de $. Paul. Ainsi, quand bien même l’Apocalypse ne re-. monterait pas à l’année 68, on n’aurait aucune raison pour affirmer que l’apôtre des Gentils a été dans l’impossibilité de parler comme fait l’auteur de la seconde épitre aux Thessaloniciens.
On ne peut pas tirer d'éclaïrcissement sur ce point
(1) Rom., x1, 20-22.
(2) Renan, L'Antéchrist,
des lettres aux Romains, aux Corinthiensetaux Gala tes. Elles se taisent là-dessus, mais elles ne disent non plus rien qui soit contraire. Et l’on ne saurait invoquer leur silence pour ou contre, car nous avons remarqué que S. Paul ne présente nulle part un exposé complet de son enseignement. Ici même, ilne traite pas à fond la question qui a provoqué son épître. « Ne vous rappelez-vous pas, dit-il, que, lorsque j'étais avec vous, je vous apprenais ces choses ? Et vous savez ce qui le retient maintenant (l’homme en-
nemi) afin qu'il paraisse au moment voulu. » L’apôtre
n’explique pas ce qui fait obstacle à son apparition. La conclusion de toute cette discussion est qu’il n'y à pas une objection sérieuse à élever contre l’attribution à S. Paul des deux épîtres aux Thessaloniciens. | |
2° AUX PHILIPPIENS
La lettre aux Philippiens nous montre le cœur et l'esprit de l’apôtre tels que les dépeignaient les épi-
tres aux Galates, aux Corinthiens et aux Romains :
son indignation contre les faux docteurs, sa charité pour ses frères, sa foi, son amour pour Jésus- Christ. Il est travaillé de désirs opposés l’un à lautre, il voudrait à la fois vivre et mourir : mourir pour être uni à ce Dieu Sauveur, vivre pour Putilité de ceux qu'il a convertis. Prisonnier à Rome, incertain de son avenir, 1l n’est point abattu par la persécution, mais son âme goûte la paix, une paix qui surpasse en douceur toute sensation. Ses souffrances actuelles donnent à ses sentiments une vivacité, à ses idées une grandeur, à ses expressions une force