‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 43 sur 85 · SN TAN · texte numérisé non relu

SN TAN

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114 s 15 *APOSTOLAT DE LA GENTILITÉ.

La vraie difficulté pour ue etes de la nburale école vient d’une affirmation de la divinité du Christ. qui contrarie leur système sur la genèse de ce dogme. On sait qu’ils enseignent qu'on n'est arrivé que peu à peu et seulement assez tard à proclamer que Jésus était Dieu. L’épitre aux Philippiens leur paraît trop explicite à cet égard. Elle contient en effet ce passage és souvent cité : « Le Christ Jésus. …, étant Dieu, pouvait sans usurpation s’égaler à lui; ; mais 1] s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave… ets humiliant par obéissance jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’à ce nom de Jésus

tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les” enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur AE Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père (x). De

Mais tous les systèmes des réformateurs de l ’exégèse ne peuvent pas faire que S. Paul n ‘ait dit dans l’épitre aux Romains : « Dieu n’a pas épargné son propre Fils, roû où vici oùx éveloaro (2). » Or ces

cinq mots en donnent à entendre autant et plus en-

. core (carils sont d’une insondable profondeur) que D le dév eloppement qu on vient de lire. Et quand un auteur à posé un principe, lui interdire d’en tirer. D les conséquences les plus naturelles, c’est de l'enfan- e. tillage. | Sa i |

Nous mettrons donc la lettre aux Philippiens au id rang des plus belles épitres de $. Paul. ù

CUPRATU ais (2) Rom., vin, 82.

3e AUX COLOSSIENS

On voudrait repousser l’épître aux Colossiens à la fois pour ce qu’elle contient et pour ce qu’elle ne contient pas. Ainsi, on lui reproche de laisser dans l’ombre le dogme de la justification par la foi. Il semblerait que l’apôtre n’eût pas le droit de parler d’autre chose. Pourtant, si la question n’était pas à l’ordre du jour chez les Colossiens, à quoi bon la traiter? Mais le reproche n’est pas même fondé. Si S. Paul, dans la lettre qui nous occupe en ce moment, ne met pas en première ligne la théorie dont il s’agit, il y fait des allusions très claires : « Vous êtes, dit-il, circoncis, non par l’ablation d’un mcrceau de chair, mais dans le Christ. (1). Que personne ne vous juge ni dans le boire, ni dans le manger, ni dans les jours fériés, néoménies ou sabbats qui sont l’ombre des choses futures, c'est le Christ qui en est le corps... Revêtez-vous de l'homme nouveau pour lequel il n’y à plus ni Gentil ni Juif, nicirconcision ni prépuce, ni Barbare ni Scythe, ni esclavage ni liberté, mais le Christ est tout en tout (aie à

D'autre part, les réformateurs de l’exégèse trouvent dans l’épître aux Colossiens un passage quileur paraît suspect. CGitons-le : « Remercions Dieu le Père

- qui nous a rendus dignes del’héritage des saints dans la lumière,qui nous a arrachés à la puissance des té-

nébres et nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour, par le sang duquel nous avons obtenu la rédemption et la rémussion des péchés. Ce Fils

(1) Col; n171:

est l’image du Dieu invisible, le premier né de toute créature; en lui ont été créées toutes choses dans le ciel et sur la terre, ce qui est visible et invisible, les Trônes, les Dominations, les Principautés, les Puissances; tout a été fait par lui et en lui. Il est lui-même avant tous les êtres et tout subsiste en lui. Il est la tête du corps de l’Église, il est le principe, le premier né d’entre les morts, afin qu’en toutes choses il garde la primauté. I1 a plu à Dieu que toute plénitude habitât en ce Fils et que, par ce Fils, tout fût réconcilié en lui-même, soit sur la terre, soit au ciel, par le sang de la croix (x). »

C’estla paraphrase du texte de l’épitreaux Romains : « Dieu n’a pas épargné son propre Fils. » Il va de soi que ce propre Fils est avant tous les êtres, que, s’il prend une forme créée, il sera le premier de toute créature, qu’entoutes choses il aura la primauté, qu’il sera assis à la droite de son Père et que la plénitude de la divinité habitera en lui (2). — $S. Paul cependant n’avait pas encore énoncé que tout avait été fait en lui dans le cielet sur laterre. Mais, dansla première épître aux Corinthiens, il dit que le Christ est la force et la sagesse de Dieu, Xptorby Oecÿ Divapuv nai Osoù copiav (3). Qu'il ait alors pris part à la création du monde, on ne doit plus s’en étonner. I parle aussi, dans la deuxième épitre aux Corinthiens, de la gloire du Christ, lequel est l’image de Dieu (4) : c’est l'expression même de l’épître aux Colossiens. ;

(1) Col, 4,220 (2) "0, 7 SL 0 (SJ ASCor Ta (4) IT Cor., 1v, 4,

Il ya encore dans ce même morceau un trait qui blesse les nouveaux exégètes : c’est l’énumération des Trônes, Dominations, Principautés, Puissances, qui leur paraît tenir de la théorie des gnostiques sur les Éons et serait, par conséquent, d’une époque postérieure à S. Paul. Mais ont-ils oublié que, dans l’épître aux Romains, l’apôtre emploie des termes presque semblables? « Ni les anges, y dit-il, ni les Principautés, ni les Vertus... ne pourront nous séparer de la charité de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur (1). » Il n’y a d’ailleurs pas ici le moindre développement sur le rôle des anges. Un peu plus loin seulement, l’apôtre engage les Colossiens à se défier d’une certaine religion des anges prônée par quelques faux docteurs. On sait que les Juifs, depuis leur retour de la captivité, se livraient à de nombreuses spéculations sur les esprits célestes auxquels ils rendatent un culte superstitieux. C’est à une aberration de cegenre que l’apôtre fait sans doute allusion. Le gnosticisme a ses racines à la fois dans les doctrines des sectes juives, dans la philosophie platonicienne et dans un christianisme erroné. Il estcertainement contemporain des apôtres et même pour une grande partie leur est antérieur. [Il se peut encore que S. Paul l'ait ici en vue. Mais an ne trouve dans tout cela rien qui permelte d’assigner telle ou telle date à la composition de l’épître aux Colossiens.

M. Renan fait à propos de cet écrit une observation fort Juste. Il remarque que les plus énergiques des termes qu’il contient enchérissent seulement un peu

(1) Gol., vin, 38.

sur le langage des lettres aux Romains, aux Corinthiens et aux Galates. Ce n’est pas uniquement dans les citations qui précèdent qu’on trouve cette force progressive d’expression, mais dans l’épître entière, ses recommandations morales sont plus pressantes ; s'adressant aux Chrétiens dans chaque condition: «Femmes, dit-il, soyez fidèles à vos maris en Dieu; maris, aimez vos femmes et ne soyez pas amers pour elles ; fils, obéissez à vos parents; pères, ne provoquez pas l’irritation chez vos enfants; esclaves, soyez soumis à vos maîtres; et faites tout cela de bon cœur non pour les hommes, mais pour Dieu (1). » —Il avait déjà placé la charité au premier rang des vertus; il ajoute ici qu’elle est le lien de la perfection (2). — Il nous répète que le chrétien doit détruire en lui toute attache à l'esprit du monde et il nous représente le baptème comme une mort et un ensevelissement(3) par lesquels nous avons caché notre vie avec Jésus- Christ en Dieu, de telle sorte que notre conduite soit celle d'hommes qui n’ont plus rien de charnel, de véritables ressuscités. « Si donc vous êtes ressuscités, s’écrie-t-il, cherchez les choses d’en haut où le Christ est assis à la droite de Dieu, goûtez les choses d’en haut et non celles de la terre (4). » — Il décrit d’une manière saisissante les effets de la mort du Christ qui, dit-il, pour effacer notre condamnation, a lacéré le décret porté contre nous et en a cloué les morceaux sur la croix (5).

(1) Col., nr, 18-23. AN (2) — m, 14. ARS | (3) — un, 12. |

Comme dans lépitre aux Philippiens, il exprime sa joie de souffrir pour ses frères, « et d’accomplir dans sa chair ce qui manque à la passion du

Christ pour son corps qui est l'Église (r). » On ne peut:

ici s’empècher d'admirer; il semble qu’on sente vibrer dans ces mots l’âme de cet homme apostolique, grandi par la lutte et le sacrifice, sanctifié par la pratique incessante des vertus les plus sublimes, éclairé par de longues méditations, brûlant d’un amour tou-

‘jours plus ardent pour Dieu et pour les hommes.

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