‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 45 sur 85 · ÉPÎTRE PRÉTENDUE DOUTEUSE : AUX ÉPHÉSIENS · texte numérisé non relu

ÉPÎTRE PRÉTENDUE DOUTEUSE : AUX ÉPHÉSIENS

M. Renan pense que l’épître aux Éphésiens est une imitation de l’épître aux Colossiens.Rappelons d’abord que la généralité des critiques n’admet pas l’antériorité de l’épître aux Colossiens. La plupart pensent que l’épître aux Éphésiens est la plusancienne des deux. En ce cas, la thèse de M. Renan tomberait d'elle-même ; mais admettons la date qu’il propose et raisonnons en partant de son hypothèse. L’épître aux Colossiens lui paraît avoir un caractère très personnel. L'autre,

au contraire, aurait comme un air de banalité qui

ferait croire non plus à une lettre adressée à des correspondants déterminés mais à une sorte de circulaire. Il ne peut nier cependant que l’épître aux Éphésiens ne porte l’empreinte marquée de l’esprit de S. Paul. Mais, d’autre part, elle contiendrait un certain nombre d'expressions qui ne sont pas familières à l’apôtre. Pour tout concilier, M. Renan suppose que celui-ci a chargé quelque disciple de transformer en une circulaire la lettre aux Colossiens et que cette transformation s’est opérée sous ses yeux. | Posée en ces termes, la question n’a plus qu’un bien

mince intérêt. Car, au point de vue doctrinal et historique, un document, rédigé à l’instigation d’un apôtre, .

(1) Philem., vi. (2) — 18.

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sous son inspiration et son contrôle, a toute l’autorité d’un acte apostolique.

Maintenant la forme de l’épitreaux Éphésiens est-elle réellement si différente? Les expressions signalées ont-elles un caractère tellement tranché qu’elles décèlent infailliblement un temps, un pays, un auteur déterminés? Nullement; ce sont quelques termes de langage courant que le hasard amène sous la plume ou qu’il en écarte, sans qu’il soit possible de tirer de leur présence ou de leur défaut des conséquences précises (1). Âu contraire, ce qui constitue vraiment le style, c’est-à-dire le tempérament, le ton, le procédé de l’écrivain, est identique dans la lettre aux Éphésiens et dans les autres épîtres de S. Paul.

Concédons un moment que le disciple chargé de la rédaction ait pu à ce point s’assimiler la manière de lapôtre. Il faudra dire de plus que, non content de limiter et de l’égaler, il a eu le talent de le surpasser et de présenter les mêmes pensées avec plus de force et de couleur que le maître, — S. Paul avait dit dans lépitre aux Colossiens qu'il n’y avait plus ni Juif, ni circoncision, ni prépuce, etc. (2). L’auteur de l’épitre . aux Éphésiens nous montre les Juifs séparés des Gentils par une muraille, et le Christ démolissant cette barrière pour ne faire des-uns et des autres qu’un peuple, et il ajoute que ce Sauveur les a réconciliés en un seul corps, en exterminant leurs inimitiés dans sa propre chair (3). — « Marchez selon le Seigneur, -est-il dit

* (1) Renan. S. Paul, Introduction, p. x1x. — Il cite dans une note une dizaine de mots sans importance et d’un caractère peu tranché, et une légère variation dans la forme de la salutation finale.

(2) Col., au, 11

(3) Eph., n1, 14-16. te

dans la lettre aux Colossiens, enracinés en lui, édifiés

en lui (1). » Et dans la lettre aux Éphésiens : « Vous n’êtes plus des hôtes et des étrangers, mais vous êtes les concitoyens des saints, vous faites partie de la maison de D'eu, bâtis sur le fondement des apôtrés et des prophètes, avec le Christ pour principale pierre angulaire, sur laquelle toute la construction s’élève en un temple sacré dans le Seigneur, sur laquelle vous-mêmes vous êtes édifiés pour former la demeure de Dieu en esprit (2). » — Jésus, affirme le premier de cesécrits, est la tête du corps de PÉglise (3). « Pratiquant la vérité dans la charité, ajoute le second, croissons par toutes choses en celui qui est la tête, le Christ, de qui tout le corps, uni et lié par des jointures solidaires les unes des autres d’après un mouvement proportionné à chaque membre, reçoit son accroissement pour être édifié dans la charité (4). » — Nous avons remarqué, dans l’épitre aux Colossiens,avec quelle précision éloquente l’apôtre traçait leur devoir à tous les fidèles qui ont à glorifier Dieu par leur conduite dans cha-

que condition (5). L’épître aux Éphésiens va plusloin

et proclame cette grande loi du christianisme qui seule a vraiment émancipé l'humanité : l'égalité de tous devant Dieu. « Sachez que chacun, hibre ou esclave, re-

cevra du Seigneur la récompense de tout le bien qu'il!

aura fait,.… du Seigneur, qui est le même pour tous et aux yeux duquel il n’y a point d’acception de personnes (6). »

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(2) Æphs; in, ane

(5) Col ETe

(4) Eph., 1v, 15, 16. - | (5) Col., in, 17-25. | > (6) Eph., vi, 8, 9.

E. = M. Renan veut que ce soit un disciple chargé de \ donner à. une lettre personnelle un caractère plus ba- 4 * nal qui ait enrichi le tableau du maître de ces touches > puissantes. Qui ne pensera, au contraire, en entendant ces accents si dignes de lui, que, si lapôtre ne tenait pas lui-même la plume, du moins il dictait? Lui seul était capable, pour finir par un dernier trait (car il faudrait citer toute l’épître), de laisser entrevoir « la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur de la science de la -charité du Christ, surpassant toute science, remplissant l’âmé de la plénitude de Dieu qui - est puissant pour tout faire, au delà de ce que la prière demande et que l'esprit est en état de concevoir(1).» Nous avons raisonné ici d’après l’hypothèse de M. Renan, c’est-à-dire en admettant que l'épitre aux Éphésiens n’est que la reproduction de lépître aux Colossiens. Mais cette donnée n’est pas exacte. Il y a dans les deux écrits des ressemblances, ce qui est tout naturel puisqu'ils ont été composés à des dates rap- __ prochées, alors que l’apôtre était sous l'empire des mêmes idées et des mêmes circonstances. Cependant

- la lettre aux Éphésiens, qui est censée la copie de la lettre aux Colossiens, traite des sujets qui ne sont pas même indiqués dans celle-ci, et elle Le fait avec ure

autorité, une ampleur, bien étonnantes chez un disciple chargé d’un simple travail d’arrangement. Et d’abord, elle ajoute un trait remarquable aux détails donnés dans la première lettre aux Corinthiens sur la résurrection. « Jésus, dit-elle, en montant au ciel, a emmené captive la captivité. Qu'est-ce à dire qu’il est

(1) Eph., ux, 17-20.

monté, si ce n’est qu'il est préalablement descendu dans les parties inférieures de la terre (1)? » Il s’agit là de la descente aux limbes, dont l’Église catholique a fait un dogme et dont S. Paul n’avait encore parlé dans aucune des épiîtres que nous avons étudiées jusqu'ici. — Il y a ensuite la question de la prédestination, effleurée déjà dans l'épitre aux Romains (2), mais sur laquelle l° épître aux Colossiens est muette. La lettre aux Éphésiens nous représente Dieu élisant les fidèles en Jésus-Christ avant la fondation du monde et les prédestinant en qualité de fils par Jésus-Christ... dans lequel il nous a appelés, selon le décret édicté par lui..…., pour lui rendre gloire, etc. (3). — Puis, c’est un admirable développement de la théorie chrétienne sur le mariage où l’apôtre s’élève à des hauteurs que n’atteignent pas les conseils, si remarquables déjà, donnés par lui aux chrétiens dans la première épitre aux Corinthiens. Dans celle-ci, il comparait le célibat au mariage, et, tout en préférant le premier au second, il indiquait les moyens de sanctifier l’union de l’homme et de la femme (4). Dans l'épître aux Éphésiens, il assimile cette union au lien qui attache l’Église à Jésus- Christ, lui donnant par là un caractère surnaturel et une dignité sacrée (5). — Enfin, il insiste sur les attaques que les puissances infernales livrent aux chrétiens. Il en avait déjà parlé à propos de lui-même dans l’épître aux Romains. Ici il excite tous les fidèles au combat : « Du reste, mes frères, fortifiez-vous

(1) Eph., 1v, 8, 0.

(2) Rom., vu, 29, 30.

(3) Eph., 1, 5-12.

(4) I Cor., vu.

(5) Eph., v, 22-23,

dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu. Revêtez-vous de l’armure de Dieu afin de pouvoir tenir contre les embüches du diable ; car nous n’avons pas

seulement à lutter contre la chair et le sang, mais

contre les Princes et les Puissances, contre les chefs du monde de ces ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs. C’est pourquoi prenez, dis-je, l’armure de Dieu, ceignez vos reins de la vérité, endossez la cuirasse de la justice, chaussez vos pieds pour la préparation de lévangile de paix, couvrez-

vous du bouclier de la foi sur lequel s’éteindront les

traits enflammés du Mauvais esprit, coiffez-vous du casque du salut et armez-vous du glaive de l'Esprit, qui est là parole de Dieu (1). »

Il est inutile de prolonger cette discussion. Ce qui précède suffit à démontrer avec quelle légèreté la nouvelle école rend ses arrêts, sans avoir pris la peine d'étudier à fond les éléments de. la cause. Après un

examen sérieux, 1l reste la conviction certaine que lépitre aux Éphésiens ne peut être attribuée qu’à

S. Paul lui-même.

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