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sa bénédiction. Ge pontife extraordinaire est la figure de Jésus-Christ, prêtre pour l'éternité, quin’entre pas seulement, comme Aaron, dans le saint des saints, mais dans le ciel, où il s’assied à la droite du Tout-
Puissant (1). Supérieur à tous les êtres célestes, splen-
deur de la gloire, forme de la substance de Dieu dont il est le Fils et qui a créé par fui le ciel et la terre,
sujets l’un et l’autre au changement et à la destruc-:
tion tandis qu’il est immuable et éternel, il s’est abaissé vers la créature et, pour s’unir à elle, il n’a pas pris la nature des anges, il est descendu davantage et s’est fait homme (2). Et pour quel motif ? Pour avoir dans ce corps d'homme la matière d’un sacrifice. « Le sang des taureaux et des boucs est impuis-
sant à effacer le péché. C’est pourquoi, entrant dans
le monde, il dit à Dieu : vous n'avez pas voulu des oblations et des sacrifices ; mais vous m’avez donné un corps, et puisque les holocaustes pour le péché ne vous ont pas satisfait, alors J'ai dit : me voici..., pour faire, Ô mon Dieu, votre volonté (3). » | L’épître aux Hébreux, on Île voit, proclame la surannation du culte juif et linutilité du temple de Jérusalem. Nous sommes loin de l’ordre d'idées que suivaient les apôtres lors du commencement de la querelle de la circoncision. C’est que, depuis, il s'était passé un événement qui avait creusé entre les Juifs hyérosolimites et les Chrétiens un fossé infranchissable. Sion avait définitivement repoussé la main que Jui tendait l’Église du Christ. Jacques avait été massa-
(i) Hebr., v; V1, 205 Vu.
(2) — 1; ur.
cré par d’irréconciliables fanatiques, quelque temps après que S. Luc écrivait les Actes des apôtres. L’épitre aux Hébreux a été certainement composée de 63 à 66 (1), avant la destruction de Jérusalem, il n’y a pas de contestation sur ce point. se ne fait de difficulté que sur l’auteur.
Tout le monde convient néanmoins que ce morceau est dû à la plume de l’un des ministres de la parole soumis à l’influence directe deS. Paul. Quelques pères l'ont attribué à S. Barnabé, et S. Jérôme mentionne cette opinion, sans l’adopter toutefois. M. Renan S'y rallle parce qu’il ne trouve pas dans cet écrit la manière de S. Paul. Il est encore bien plus difficile d'y voir celle de S. Barnabé, dont on ne connaît pas une syllabe (2). |
À la fin de l'épître, l’auteur, en envoyant aux Fébreux le salut de leurs frères d'Italie, annonce à ses correspondants qu'ilcompte les visiter avec Timothée, si ce disciple, alors absent, revient assez tôt pour partir avec lui (3). Cette indication ne peut se rapporter
qu'à S. Paul. Si lécrit n’est pas de cet apôtre, elle a.
dû nécessairement y être introduite par un faussaire. Or il est impossible de discerner un intérêt quelconque à cette tromperie. De Barnabé ou de Paul, l'épiître avait et a toujours dogmatiquement et historiquement la même valeur.
Quant à la raison tirée du style, elle est loin d’être
aussi décisive que le prétend M. Renan. L’allure de
(:) M. Renan propose 65.
(2) Il existe à la vérité, parmi les plus anciens écrits chrétiens, un morceau intitulé : ÆZvistola S. Barnabæ. Mais son authenticité n’est pas établie.
(3) Zebr., x, 23.
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Pépitre aux Hébreux diffère certainement de celle des
autres écrits de S. Paul. Mais il faut considérer que ce morceau est moins une lettre qu’une dissertation qu’on pourrait intituler : Traité du sacerdoce de Jésus-Christ. On ne parle pas dans un livre comme dans des correspondances. L'auteur de l’épitre aux Hébreux établit sa démonstration sur des preuves tirées de l’Écriture sainte. Que l’on prenne, dans les autres écrits de l’apôtre, des passages analogues, comme par exemple dans l’épitre aux Galates, l’allégorie des fils de Sarah et d’Agar (1), — dans la première aux Corinthiens, l’énumération des fautes commises contre Dieu par les Israélites dans le désert (2), — dans lépitre aux Romains, la justification d'Abraham par la foi (3), et l’on sera frappé de la ressemblance qui existe entre eux et l’ensemble de l’épitre aux Hébreux. D'ailleurs, dans maints détails, on sent la touche de S. Paul; et, pour n’en citer qu’un, est-ce qu'on a besoin de lire sa signature au bas de cette phrase afin de ne pas douter qu’elle soit de lui? « La parole de Dieu est vivante et efficace et plus pénétrante que tout glaive à deux tranchants ; elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l'esprit, des jointures et des moëlles, discernant les pensées et les intentions du cœur (4). »
Le lecteur n’a pas manqué de remarquer ce que l’auteur de l’épître aux Hébreux dit de la personne de Jésus-Christ, « supérieur à toutes les créatures célestes, splendeur de la gloire, forme de la substance
{1) Gal, 1v, 22-31.
(2) Cor. x.
(3) Rom., 1v.
(4) Hebr., 1v, 12.
de Dieu dont il est le Fils et qui a créé par lui le ciel et la terre (1). » Puisque cet écrit est, sans le moindre doute, antérieur à la destruction de Jérusalem, qu’est-ce donc que toute cette histoire de l’incubation de l’idée de la divinité du Christ, qui n'aurait pu éclore qu’à la suite du trouble produit dans les esprits par les catastrophes de lan 70? Que signifient ces objections contre l’authenticité des lettres aux Philippiens, aux Colossiens, aux Éphésiens, fondées sur une affirmation précoce de cette même divinité ? Comment ! l’épitre aux Hébreux la développe en l’année 66, et ces trois autres écrits n’auraient pu la mentionner presque au même moment ! Quelle inconséquence | |
Il nous avait semblé, d’après l’étude des Actes de S. Luc et de la lettre aux Galates, que les apôtres laissaient, sans y parer, le danger le plus grave menacer l’avenir du christianisme. Quelles difficultés ne pouvait-on pas craindre, en effet, de cette distinction état lie entre les fidèles hébreux et les fidèles gentils et de cet attachement que l’Église de Jérusalem témoignait pour le temple et la tradition mosaïque ! Le péril fut écarté par la destruction de la nationalité et du sacerdoce juifs. Mais on voit que si, d’une part, l'événement trancha définitivement la question, S, Paul, de son côté, se préoccupait d'avance, dans l’épitre aux Hébreux, d’en préparer la solution, en annonçant à ses frères en Abraham que le rôle religieux d'Israël était fini. « Ce qui devait changer a passé, ce qui est immuable demeure (2). Nous n'avons
fa) Hebriioa (2) — xn, 27.
pas ici de cité permanente, mais nous marchons vers
une cité future (1).., la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste et la société des anges (2). » Si l’on songe que ces paroles ont été prononcées quatre ans avant la ruine de la ville sainte des Juifs et de son temple, on en sera vraiment frappé.
Ainsi, au moment où 5. Paul va disparaître, a constatons que l'Église chrétienne joint, à une doctrine et à une discipline nettement déterminées, l’indépendance complète du judaïsme qui, pour elle, était déjà mort puisqu'elle s’en déclarait l’héritière, Nous n'avons pas noté jusqu'ici que l’apôtre ait rien fait pour assurer la continuité de cette Église : c’est le point qu’il nous reste à élucider en examinant les épitres à Tite et à Timothée.