IV
(10) — 1, 25; ui, 12.
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dit-il, il n’y a point d’acception de personnes : le pauvre et le riche sont égaux. Si, des deux, il est un privilégié, c’est le pauvre (r). Le riche et ses richesses s’évanouiront comme la fleur de l’herbe : le soleil se lève et darde ses rayons brûlants, l’herbe se dessèche, la fleur tombe; voilà sa beauté disparue et il ne reste plus que du foin fané. Le pauvre est l’élu de Dieu, il est riche de sa foi, richesse immortelle ; il est Phéritier du royaume promis par Dieu à ceux qui l’aiment. C’est le pauvre et non Île riche qui doit être en honneur dans l’Église (2). Ce langage est bien celui qui sied au chef des chrétiens de Jérusalem, de ces saints, comme les appelle S. Paul, qui vivaient d’aumône et pour lesquels l’apôtre des Gentils faisait la collecte parmi les frères de Grèce et de Macédoine. Ainsi dégagée d’attaches terrestres, l’âme peut s’adonner tout entière à la prière. Il faut prier toujours pour se consoler dans la tristesse, pour louer Dieu dans la joie. La prière est toute-puissante: par elle nous obtenons la grâce qui vient de Dieu (3).
S. Jacques ne nomme pas le Saint Esprit et ne donne pas à Jésus-Christ le titre de Fils de Dieu. Mais, comme $S. Paul, il joint au nom de Dieu celui de Père et, à la manière dont il se dit le serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, mettant ainsi Jésus sur la même ligne que Dieu, on sent qu'il élève ce Seigneur au-dessus de toute créature (4). Il ne parle ni de sa mort, ni de sa résurrection; mais, de même
(1) Jac., 11, 1-9.
que S. Paul etS. Pierre, il attend son avènement qu'il déclare prochain (1).
Il croit à l’existence de créatures spirituelles. A la vérité, il ne parle pas des anges, mais nous avons vu qu’il encourage les chrétiens à résister au diable. Aülleurs, il affirme que les démons ont la foi (2), foiquine les sauve point, tandis que les hommes qui reçoivent
la parole de Dieu et y croient deviennent dès ce
monde le commencement d’une créature nouvelle (3), destinée à une vie supérieure et éternelle.
S. Jacques ne fait aucune allusion au baptême ni à l’eucharistie; mais il indique la confession que S. Paul laissait soupçonner, et une onction d’huile, appliquée aux malades et ayant la vertu d'effacer les péchés (4). Cette dernière requiert nécessairement Pintervention de ministres qu’il dénomme prêtres de l’Église (5). A de |
On voit, par l'exposé qu’on vient de lire, que, si S. Jacques, dans son, épître, touche à beaucoup moins de questions que S. Paul et S. Pierre, il nous fournit pourtant des renseignements précieux qui, sans le contredire, complètent le résumé de la doctrine chrétienne que nous avions tiré des écrits de ces deux apôtres.
Le chef de l'Église de Jérusalem n’était pas le
seul parent de Jésus qui eût rang d’apôtre. Dans
(1) Jac., v, 7-11.
RURA dn) Dies nd
la première épitre aux Corinthiens (1), S. Paul, parmi ceux qui se faisaient accompagner dans leurs voyages par une femme sœur, cite, avec S. Pierre, «les frères du Seigneur ». Or il nous reste une épître de Jude qui s'intitule frère de Jacques (2). Ce document, bien que S. Paul n’ait pas nommé $S. Jude avec les trois apôtres qu’il qualifie de colonnes de l’Église, doit donc être étudié en même temps que la lettre de S. Jacques. On n’élève aucun doute nisur Pauteur n1 sur la date de cet écrit, certainement antérieur à la prise de Jérusalem. Il est très court; 1l ne contient pas plus de vingt-cinq versets; mais, malgré sa brièveté, il touche par des allusions à un grand nombre de points de la doctrine chrétienne. |
Il met d’abord dans une éclatante lumière la divinité de Jésus-Christ. Non content de le nommer sur la même ligne que Dieu le Père (3), il l'appelle seul Dominateur et Seigneur (4). Il lui attribue le pouvoir de sauver ceux qui croient en lui et de perdre quiconque n’a pas la foi (5). Par sa miséricorde, les fidèles obtiendront la vie céleste (6), tandis que les incrédules et les pécheurs seront châtiés, comme Sodome et Gomorrhe, par le feu éternel (7). S. Jude prédit qu’il apparaîtra de nouveau aux yeux du monde (8). A côté de Jésus, il place le Saint Esprit, et il recom-
LS M GPS es (2) Jud., 1.— $S. Marc dit aussi que Jude était l'un des frères du Seigneur, VI, 3.
(3) Jud., 1.
(7) Pme 9-7; 23, 4
mande, avec S. Paul, de prier en lui (r). Il admet aussi d’autres créatures que les hommes, c’est-à-dire des anges et des démons. Il nous apprend que les esprits mauvais ont été jadis semblables aux esprits glorieux, qu'ils ont prévariqué et que, en punition, ils ont été chassés du ciel et condamnés aux ténèbres
dans un perpétuel esclavage (2). Parmi les anges, il.
nomme l’archange Michel (3). — Comme S. Paul, il veut que tout l'édifice spirituel élevé par le chrétien repose sur le fondement de la’ foi : qui ne croit pas périt (4). Il exhorte le Chrétien à éviter tout péché et il le pousse à haïr la chair qui en est la cause (5). II faut prier sans cesse pour demander à Dieu la miséricorde, la paix, la charité (6).
S. Jude, dans lépître qui nous occupe, se propose principalement, comme S. Pierre dans sa seconde lettre aux Juifs dispersés, de mettre les fidèles en garde contre les faux prophètes. Précisons bien, d’après les indications qu'il nous fournit, le caractère de ces hérétiques. Ce sont des hommes qui se sont introduits clandestinement, xapsio@vsay (7) (S. Paul disait, en parlant des faux frères : rass:onh0ov), (8) dans l’Église pour y répandre leur venin. Jude les accuse de suivre la voie du fratricide Caïn, de Coré le révolté et de Balaam par les conseils duquel les Israéhtes furent induits à participer aux débauches et à lido-
(1) Jud , 20.
(8) Gal., u, 4.— Les deux verbes ont la même signification : ils sont traduits dans la version latine par le même mot: subintroierunt.
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lâtrie de Moab (1), et 1l stigmatise, dans une violente invective, l’amour du gain, l’orgueil, la jactance, les murmures de ces faux prophètes, qui souillent leur chair, méprisent l’autorité et blasphèment la majesté de Dieu (2). Enfin, il leur reproche de nier Jésus- Christ (3). |
Nous aurons à revenir sur ces hérétiques quand nous étudierons l’apocalypse. En attendant, nous sommes obligés de conclure que Jacques, l’une des colonnes de l'Église, et Jude, frère de Jacques, n’en- seignent pas une doctrine différente de celle de Pierre, l’apôtre de la circoncision, qui lui-même était entièrement d'accord avec Paul, l’apôtre de la gentilité.