‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 69 sur 85 · LA VRAIE DATE DE L'APOCALYPSE 19 PREUVES INTRINSÈQUES · texte numérisé non relu

LA VRAIE DATE DE L'APOCALYPSE 19 PREUVES INTRINSÈQUES

Essayons-le, à notre tour, et voyons d’abord si le livre lui-même nous fournira quelques indices révélateurs. L’apôtre écrit de Pathmos. M. Renan dit

(1) Irénée, 4dversus hæreses, lib, 1, c. xxvi.

qu'il s’y était arrêté lors d’un voyage à Rome, le bâti-

ment faisant escale dans cette île. S. Jean déclare au

contraire qu'il s’y trouvait © à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus (r) », ce qui signifie, suivant les commentaires des pères, qu’il subissait la peine de la rélégation pour avoir confessé la foi. Ceci indique une époque de persécution. Or comme, en l’année 69, les chrétiens de l’Asie Mineure n'étaient pas inquiétés, le système de M. Renan ne peut s’en accommoder, et il ne se gêne pas pour donner une entorse au texte.

S. Jean ajoute qu'il écrit le jour du Seigneur, ëv rh avptaxh huépa, 1n dominica die. Je ne doute pas, pour mon compte, un seul instant, que le jour de la résurrection n’ait été honoré, dès les premiers temps, par les Chrétiens et que, s’il n'en est pas parlé dans les épitreset dans les Actes des apôtres, c’estque le hasard de l’occasion ne s’en est pas présenté. Mais songez que nous avons affaire ici à une école qui prétend que ni le dogme, ni la discipline de la religion nouvelle n'étaient fixés avant la destruction de Jérusalem, et voilà que, sans difficulté, elle admet que, en l’an 69, on parlât tout uniment du dimanche. Ne sent elle pas que, sous ce mot, le dimanche, transparaît une organisation rituelle qui a rompu définitivement et sans retour avec le culte juif? Et c’est un judéo-chrétien fanatique, suivant M. Renan, qui constate avec cette indifférence la désuétude du.sabbat ? En aurions-nous attendu davantage de S. Paul? Je crains bien que

M. Renan, dans son empressement à échafauder sa

thèse sur l’Apocalypse, n’ait pas songé à ces détails.

(1) Apoc., 1, 9.

Si l’on rapproche ce dominica dies, à nvptaxñ uépx, le dimanche, de l'autel dressé dans le ciel et de l’agneau immolé et toujours vivant, au milieu des vingt-quatre

vieillards, éfxost xal véoapes mpsobrepor (1), on ne peut

se défendre de penser au sacrifice eucharistique accomphi en présence du presbytère assemblé et de toute la communauté chrétienne. Que les choses aient pu se passer ainsi dès lan 69, cela ne cadre guère avec le tableau que la nouvelle exégèse nous trace de la situation de l’Église à cette époque ; on se rappelle en effet que, pour ces critiques, il n’y a alors ni doctrine

arrêtée, n1 hiérarchie, on ne sait encore si les disciples

du Christ resteront Juifs ou fonderont une religion spéciale; ils ne sont pas même fixés sur l’idée qu’ils doivent se faire de la personne de Jésus, Pour ma part, je n’y verrais cependant aucun obstacle : l’épitre à Timothée (2) et les Actes des apôtres nous montrent des assemblées de prêtres, et la lettre aux Hébreux parle de l’autel chrétien et de la participation des fidèles à la victime qui y est offerte dans les termes les plus explicites.

Mais il est un détail tout à fait caractéristique dont M. Renan n’a pas tenu compte et qui ne permet pas de dater le livre où ilest consigné de l’année 63. A ce moment, l’Église n’était pas descendue dans les catacombes, elle ne célébrait pas ses mystères sur les tombeaux des martyrs. C’est plus tard qu’elle s’y est vue contrainte. Comme les réformateurs de l’exégèse n’admettent pas que lavenir soit réellement prédit dans les écrits prophétiques, ni qu’il s’y trouve rien qui ne

(1) Apoc., 1v, 4.

(2) 1 Tim,, 1v, 14.

soit connu au temps où le prophète écrivait; où donc

M. Renan veut-il que $. Jean ait pris, en l’an 69,

l’idée de ces âmes de martyrs placées sous l’autel ? Vidi subtus altare animas interfectorum propter Verbum Dei (1). Voilà une marque certaine et indé-

niable de l’époque où l’Apocalypse a été composée et

qui nous reporte au temps de Domitien.

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