TÉMOIGNAGE DE S. IRÉNÉE
Mais nousn'en sommes pas réduits à ces inductions. Nous avons une preuve extrinsèque absolument irrécusable : c’est le témoignage de S. Irénée, qu’on peut dire contemporain, puisque, comme nous l’avons remarqué plus haut, il n’est séparé de S. Jean que par un seul intermédiaire, S. Polycarpe, son maître, disciple lui-même de S. Jean. Irénée dit (2) que l'Apocalypse date presque de son temps, S. Jean ayant eu sa vision à la fin du règne de Domitien (3). Il était bien informé puisqu'il tenait ce renseignement de la bouche d’un compagnon de lapôtre, et il n'avait aucun intérêt à nous tromper puisqu'il ne se sert pas de cette date pour démontrer quoi que ce soit. De plus, nous sommes certains qu'il ne la transcrit pas légèrement ; Eusèbe cite (4) de lui une lettre qui montre le soin et la fidélité avec lesquels il avait retenu les enseignements de son maître. « Je puis rappeler, écrivait S. [rénée, les discours que Polycarpe faisait au peuple, ses entretiens avec Jean et les autres qui
(1) Apoc.; vi, 0.
(2) Adversus hæreses, lib. V, c. xxx.
(3) Domitien mourut en 95.
(AV Histteécl MS M PACRIxE
avaient vu le Seigneur... Dieu m’a fait la grâce d’écouter toutes ces choses avec une attention extraordinaire, de les écrire non sur du papyrus, mais sur mon cœur et de les répéter continuellement. »
On le voit, la thèse de M. Renan n’a pas plus de solidité qu’un château de cartes; son explication n’est qu’une hypothèse qui n’a pas même un semblant de base, et l’Apocalypse, pour tout critique sérieux, demeure, comme on l’avait toujours cru jusqu'ici, un livre composé, non en l’an 69, mais dans les dernières années du premier siècle.