‹ Authenticité et date des livres du Nouveau TestamentChapitre 7 sur 85 · COMPARAISON DES VERSIONS DE S. LUC ET DE S. PAUL · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES VERSIONS DE S. LUC ET DE S. PAUL

Comparons maintenant les deux textes, en remarquant préalablement que S. Paul ne se propose pas, comme S. Luc, d'écrire l’histoire de ces événements; il y fait seulement allusion. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il expose ce qui s’est passé avec le même ordre et avec le même détail.

La cause du voyage de Paul et de Barnabé était, d’après S. Luc, un différend qui troublait l'Église d'Antioche : des Juifs venus de Jérusalem voulaient obliger les Gentils à se faire circoncire ; Paul et Barnabé s’y opposèrent. Pour résoudre la question, l’Église renvoya les deux partis devant les apôtres dans la ville sainte, — Dans la lettre de S. Paul, il est question de faux frères qui ont voulu supprimer la liberté des Gentils devenus chrétiens; et, comme il prononce à ce propos le mot de circoncision, on voit qu'ils’agit bien de la même affaire. Il dit en outre qu’il voulait soumettre sa doctrine aux autres apôtres; seulement il ne parle pas de la mission qu’il aurait reçue de V’Église d’Antioche : c’est en vertu d’une révélation qu’il s’est mis en route. Ÿ a-t-il contradiction? Il me paraît téméraire de l’affirmer. Cela prouve seulement queS. Paul n’a accepté l'invitation des chrétiens d’Antioche que sous l’impulsion d’un mouvement intime.

S. Luc nous montrait les délégués comparaissant, devant les fidèles à Jérusalem et discutant avec leurs adversaires. Ces derniers étaient des Juifs qui, avant

d’embrasser le christianisme, appartenaient à la secte

des pharisiens et en avaient conservé l'esprit. Après un long débat, S. Pierre parla en faveur de S. Paul.

Pour conclure, S. Jacques proposa une résolution.

en vertu de laquelle les Gentils seraient déchargés des observances purement légales et obligés seulement à se préserver des souillures idolâtriques. — S. Paul ne rend pas compte de l’assemblée, mais il res-

sort de ses paroles qu’il a exposé sa doctrine devant.

les fidèles de Jérusalem et notamment, ajoute-t-il, devant les autorités de l’Église. Ilne pouvait évidemment le faire que dans une réunion générale, et il va de soi qu'il devait surtout attacher de l'importance à l'avis des apôtres.

Dans la rédaction du procès-verbal de cette assem-

blée, on surprendrait, d’après M. Renan, $S. Luc en flagrant délit de falsification historique. Afin de prouver que l'accord a toujours régné entre les apô-

tres, l’auteur des Actes aurait imaginé de mettre dans

la bouche de Pierre ét de Jacques lui-même les arguments de la thèse de Paul, péchant ainsi non seulement contre la vérité, mais encore contre la vraisemblance. La réalité, assure M. Renan, fut tout autre : on disputa avec âprelé et on se quitta sans rien conclure ; et la preuve, c’est que, après cette réunion, les deux partis se conduisirent comme auparavant, Paul ne tenant aucun compte de la soi-disant décision proposée par Jacques, et ses ennemis, sous la conduite de ce dernier, continuant à lui faire la guerre.

Si cela est, nous ne manquerons pas de trouver, dans le passage de l’épître aux Galates cité plus haut, un tableau tout à fait différent de celui tracé par S. Luc: Paul va nous dépeindre sans doute la vivacité de la controverse qu’il soutint à Jérusalem contre les apôtres et les désignera comme ses adversaires. Mais l’épître ne nous parle que de concorde. « J’ai soumis, dit-il, mon évangile aux apôtres, aux colonnes de l’Église de Jérusalem, et l’on n’y a rien trouvé à redire. Au contraire, reconnaissant la grâce qui m’a été donnée, Pierre, Jacques et Jean m’ont tendu la main ainsi qu’à Barnabé, en signe de communion.» Oùsont donc cette lutte et cette aigreur ? Évidemment ce n’est pas contre cestrois apôtres que Paul a dù combattre. Contre qui alors? Mais 1l l'indique expressément : « contre des faux frères qui se sont insinués dans l’Église. » Ne sont-ce pas là les pharisiens convertis dont parlait S. Luc? « Quelques-uns des assistants qui, avant d’embrasser la foi, avaient appartenu à la secte pharisaïque, se levèrent et dirent que la circoncision et l’observation de la loi de Moïse étaient obligatoires. » Le tableau de lPassemblée de Jérusalem, présenté par M. Renan d’après les exégètes protestants de Tubingue, est donc de pure fantaisie, et l’on: ne peut relever dans l’épître de S. Paul un seul trait qui contredise les indications fournies par S. Luc.

Du moins, dit M. Renan, il est certain que la lettre envoyée par l’Église de Jérusalem à celle d’Antioche n’a pas existé, puisque S. Paul n’en fait pas mention. Mais, comme lapôtre ne se proposait pas du tout, dans l’épître aux Galates, d'exposer le récit de l'affaire de la circoncision, il n’y a pas lieu de s’éton-

ner que, ne traitant pas de l’ensemble, il passe sous silence un détail. Si l’on veut bien réfléchir un instant, il est absolument invraisemblable que, dansla circonstance, une lettre n’ait pas été écrite. L'Église d’Antioche en effet avait posé une question à l’Église de Jérusalem: celle-ci devait nécessairement lui répondre.

Mais, ajoute-t-on, si une décision de ce genre avait

été prise, S. Paul s’y serait conformé, et il n’en a

cure. Il faut n’avoir pas regardé le chapitre vu de la première épitre aux Corinthiens pour soutenir une pareille thèse. Dans ce morceau, distinguant entre les idolâtres convertis qui attachent à la chair immolée aux faux dieux une idée superstitieuse, et ceux qui, considérant l’idole comme un néant et les sacrifices comme sans valeur, ne pensent pas que la chair qui en provient diffère de toute autre viande de boucherie, il déclare que les uns et les autres doivent s’en abstenir, les premiers pour ne contracter aucune souillure idolâtrique, les seconds pour ne pas scandaliser les faibles. Est-ce méconnaître une loi que d’en justifier Jobservation par des motifs divers ?

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